mardi 19 août 2014

Pour qui voterais-tu?


Le droit de vote est une affaire strictement personnelle, cela va de soi, mais par les temps qui courent on peut se permettre de réfléchir à voix haute sans prétendre influencer quiconque. La question se pose pour deux raisons.
La première est que l’inscription sur les listes électorales a été fixée au 29 juillet après que l’ISIE ait, par complaisance, cédé au «dialogue national» en acceptant de faire une très courte prorogation d’une semaine.
La seconde, c’est parce que plus d’un citoyen, analphabète ou non, estime, à tort, qu’il a ras le bol des partis politiques jugeant en conséquence, inutile de se faire inscrire et/ou d’aller voter. Les sondages d’opinion confortent cette tendance et il y a donc un risque élevé d’abstentions. C’est bien de se faire inscrire mais une campagne devrait être, d’ores et déjà, enclenchée pour limiter les abstentions.
Imaginez un seul instant que les figures de l’actuelle ANC se retrouvent dans le futur parlement avec un régime d’assemblée qui a prouvé ses limites dans bien des domaines.
Dans ces conditions pour qui voterais-je?
Je voterai pour un parti politique qui fera figurer dans son programme la nécessité d’amender la Constitution pour qu’elle abandonne le régime d’assemblée pour un régime présidentiel soumis bien évidemment à des contrôles et qui juge opportun de rétablir les anciennes armoiries de la République, «ordre, liberté et justice».
Sans ordre, il n’y aura ni liberté, ni justice. Les constituants de 1957 qui avaient pensé à ces armoiries avaient le sens de l’Etat et avaient les pieds sur terre. La Tunisie a besoin d’un pouvoir éclairé fort, très fort même, qui ne souffre pas les atermoiements, vu les problèmes sécuritaires et économiques. Les faits en témoignent. Qu’on ne me dise surtout pas  que je regrette un régime qui a été balayé par la jeunesse de Sidi Bouzid, de Thala, Kasserine et du bassin minier un certain 14 janvier 2011.Certes, toute vérité n’est pas bonne à dire.
Je voterai pour un bloc de partis dont les composantes ont compris qu’ils auront tout à perdre s’ils se présentent seuls. L’intérêt du pays et le réalisme politique commandent qu’on mette de côté les égos, la suffisance intellectuelle et qu’on tire les leçons du passé récent. Se présenter seul pour voir ce qu’on « pèse » est un choix qui cache uniquement une volonté présomptueuse d’accéder au Pouvoir. Plus d’un électeur sanctionnera cette attitude qui fait peu de cas des enjeux politiques et économiques réels,
Je voterai pour ceux qui font la nette distinction entre le politique et le religieux  et ont donc fait un choix clair de ce  que sera notre modèle de société, à savoir une société plurielle, démocratique, ouverte sur la science, les cultures et les civilisations et respectueuse des valeurs, tournée vers le futur et respectueuse de la femme et de la jeunesse, une société où la séparation des pouvoirs existe de fait et où les médias et la justice jouissent de leur autonomie, 
Je voterai pour ceux qui présentent les grandes lignes d’un programme économique crédible qui allie la nécessité et l’urgence de produire plus et mieux puis de répartir sans toucher à l’élan productif en ayant pour objectif l’élimination graduelle et sure des diverses inégalités,
Je voterai pour ceux qui comptent dans leur équipe des hommes intègres, compétents qui ont acquis une expérience managériale et qui ont un réseau international de connaissances utiles au pays,
Je ne voterai pas pour des partis  ayant une base religieuse, qui ne reconnaissent pas les frontières nationales allant jusqu’à diluer le pays dans des regroupements à consonance  surtout religieuse ou qui ont ouvertement troqué notre emblème national contre des fanions importés d’ailleurs ou  encore des partis qui n’ont aucun programme économique solide ou qui vendent des chimères, où ne sont pas encore parvenus à s’adapter aux exigences de notre siècle.

J’ai la ferme conviction que l’électeur finira par trouver cet « oiseau » rare qui participera activement à conduire notre pays vers un avenir beaucoup moins morose. Que Dieu aide notre pays en éclairant ses dirigeants. 

samedi 19 juillet 2014

Terrorisme : des mesures concrètes et rapides à prendre


Article publié dans Leaders.com le 18 /07/2014


Je suis de ceux qui refusent la langue de bois et les discours creux ou électoralistes de la part de nos «responsables» politiques. Nous avons l’impression que les dirigeants politiques sont loin d’être parvenus à définir une stratégie de lutte contre le terrorisme. Seul un  train de mesures concrètes est de nature à nous faire accepter les sacrifices demandés et notamment les pertes répétées et à venir en vies humaines.
Nous suggérons notamment l’ensemble des mesures suivantes:
  • Le premier Gouvernement présidé par monsieur Mohamed Ghannouchi a failli en édictant une amnistie générale englobant des éléments terroristes. Ce texte doit être révisé,
  • La loi actuelle régissant l’activité des agents de la  sécurité ne leur offre pas l’indépendance d’action requise et ne les met pas à l’abri de poursuites pour avoir exécuter des ordres  le plus souvent verbaux. Le texte qu’ils réclament depuis belle lurette devrait être adopté.
  • La loi sur le terrorisme peine à voir le jour. Il est urgent que les députés comprennent que le principe sacro-saint de de protection des droits et des libertés ne doit s’appliquer en matière de terrorisme qu’avec de grandes réserves. Je m’étonne de lire dans le «Maghreb» du 18 juillet 2014 que le parti « el joumhouri»  et «el Massar» se sont respectivement  abstenus (Dahmani) ou ont voté contre (Nadia Chaabene) lors du vote par la commission parlementaire de dispositions prévoyant la peine de mort en matière de terrorisme. Il faut savoir ce qu’on veut. Par ailleurs, qu’ HRW et les associations de défense des droits de l’homme cessent de mettre la pression sur nos députés pour que les terroristes bénéficient des mêmes droits alors que ces derniers se sont placés en dehors de la communauté et n’ont pour objectif que d’assassiner délibérément ceux qui ne partagent pas leur idéologie désuète.
  • Le rôle du procureur de la République doit être des plus actif pour engager l’action pénale. Si les procureurs de la République sont débordés, pourquoi ne pas désigner à l’échelle nationale un  juge « ad hoc»?
  • L’ensemble des professions se doivent de redéfinir leurs codes déontologiques pour lutter contre le terrorisme (avocats, juges, experts, médecins, médias) pour traquer l’éventualité de compromissions avec les terroristes
  • L’argent des associations doit faire l’objet de contrôles. Toute association devra soumettre un rapport  d’activité  mensuel visé par un expert-comptable agrée et le transmettre aux services de sécurité et au Premier Ministère
  • Les réseaux sociaux doivent être assujettis à un contrôle de la part d’autorités indépendantes
  • Le Gouvernement se doit d’arrêter une politique claire en matière de lutte contre le terrorisme en ne négligeant pas de  consulter tous ceux qui ont des compétences dans ce domaine et nous en avons !
  • L’action du Ministère des affaires religieuses et du Mufti de la République appelle des correctifs urgents. A ce jour, on n’est pas encore parvenu à contrôler un bon nombre de mosquées qui ne se plient pas à la politique du Gouvernement
  • A l’occasion de la loi de Finances complémentaire, tailler dans les budgets de la Présidence de la République et du Ministère des affaires religieuses au profit du Ministère de la défense et de celui de l’Intérieur
  • Pourquoi nos «amis» américains et européens traînent-ils les pieds pour nous fournir le matériel adéquat qui nous manque (hélicoptères bourrés d’électronique pouvant intervenir de jour comme de nuit,  avions sans pilote surveillant toute la chaîne montagneuse etc) ? Leur attitude nous fait douter de leur politique vis-à-vis du terrorisme. Une  action diplomatique énergique doit se faire auprès de ces pays.
  • Accorder une surveillance particulière des régions limitrophes de Chaanbi et de ses prolongements jusqu’au Nord du pays pour éradiquer les réseaux d’alimentation du terrorisme en fournitures alimentaires, armes et informations
  • Ratisser le pays pour dénicher les caches d’armes
  • Identifier les personnes qui se nourrissent du commerce parallèle, du trafic d’armes et de drogue. Qu’attend-on pour donner à la Douane les moyens de son action et notamment la suppression des textes prévoyant la transaction à la suite de laquelle moyennant une sanction pécuniaire modique l’inculpé est libéré
  • Garantir juridiquement une vie décente à la famille des victimes du terrorisme et particulièrement à nos valeureux agents de la sécurité et à nos soldats,
  • Un bon nombre de nos concitoyens ne se sont pas fait inscrire sur les registres de l’ISIE pour aller voter. Nous n’avons pas de statistiques sur cette frange de la société ni sur celle qui vient d’accepter enfin de se faire inscrire. Est-elle composée de jeunes «instruits» ou non? de femmes et d’hommes habitant les zones rurales? d’apolitiques? de «khobzistes» ?d’hommes appartenant à une idéologie islamique particulière? de personnes qui n’ont pas de CIN ou ne l’ont pas encore renouvelées par crainte des frais et des sanctions? Ce sont ces statistiques qui permettront de cibler l’intervention des partis et des associations durant la prorogation indispensable du délai d’inscription
Au train où vont les choses, il n’est pas certain que l’ANC parvienne à édicter rapidement les textes du domaine de la loi qui s’imposent. Est-il besoin de souligner que la situation est grave et exceptionnelle et ne souffre ni lenteurs, ni tergiversations, ni calcul politique d’où la nécessité pour le Gouvernement d’agir, si besoin est, par décrets qui seront soumis ultérieurement à l’approbation de l’ANC. La majorité qui serait dégagée au sein du « dialogue national» pourrait donner une couverture juridique à l’action du Gouvernement.
Mokhtar El Khlifi
Tunis le 18 /07/2014


mercredi 18 juin 2014

Il y a péril en la demeure



      
On se souvient des principales causes qui ont conduit Ennahdha à réussir aux élections du 23 octobre 2011 et à prendre le Pouvoir en associant deux partis laïques pour s’assurer une couverture démocratique, surtout, aux yeux de l’opinion internationale. Chacun sait que durant l’exercice de son pouvoir elle a tenté de remodeler notre modèle de société. La graine a été semée et le Gouvernement Jomâa éprouve les plus grandes difficultés à remettre le compteur à zéro.
Il est à craindre que les mêmes causes vont produire les mêmes effets pour les prochaines élections si les partis politiques qui sont contre le changement de notre modèle de société ainsi que la société civile n’y prennent pas garde.
A mon humble avis, le sort des prochaines élections demeure tributaire de l’action qui serait entreprise par les forces politiques au cours du mois qui suit les inscriptions aux listes électorales qui seront définitivement clôturées à l’expiration de ce mois fatidique.
Tout se joue sur l’aptitude des forces «laïques» toutes tendances confondues à puiser dans le réservoir des 60% environ dégagés par les différents sondages d’opinion et qui n’ont pas encore fait leur choix, soit en étant peu enclins à s’inscrire sur les listes électorales, soit en penchant vers l’abstentionnisme.
Comme Ennahdha est un grand parti structuré, organisé, et discipliné et ses objectifs sont clairs, il fera tout pour renforcer son assise électorale auprès des indécis en invoquant pas mal d’arguments, par exemple, le fait que sans lui la «charia» aurait été inscrite expressément dans la Constitution, que la femme aurait été  «complémentaire» de l’homme, que la Constitution dans sa seconde mouture contraste avec la première et que MBJ a qualifiée de «meilleure Constitution au monde». Elle dira que sans sa participation au «dialogue national», elle serait encore au Gouvernement et que le Gouvernement de «technocrates» qui lui a succédé n’a pas pu faire économiquement mieux.
Toutes ces «concessions» ne justifient-elles pas une adhésion à ce parti!
Que feront les «laïques»? qu’ont-ils préparé? Rien ou presque.
Bien au contraire, ils se présentent encore une fois en rangs dispersés.
Premier échec, les élections parlementaires précèderont la présidentielle. Ennahdha a voulu qu’il en soit ainsi et ce fut. Examinez les votes des «laïques». C’est consternant.
Les amis d’hier qui ont tenu ensemble, comme un seul bloc, le fameux meeting «d’Errahil», sont aujourd’hui dispersés parce chacun veut un siège au Parlement ou la Présidence et pourquoi pas les deux pour certains qui prennent les sondages pour de l’argent comptant !
Tous refusent de lire les seules tendances exprimées par les sondages successifs. Leurs égos les poussent à croire en leur chance sacrifiant le fond du problème qui  est le maintien de notre modèle de société.
Là réside le véritable enjeu de ces élections car le modèle économique à adopter  peut et doit recueillir l’assentiment de toutes les forces politiques «laïques».
En effet, aucun parti politique ne peut défendre une politique ultra libérale ou pire, une politique économique, progressiste à l’extrême, qui bloque le développement économique du pays. Soutenir le contraire, c’est faire preuve de démagogie électoraliste, ni plus, ni moins ou de cécité politique.
Il y a véritablement péril en la demeure face à ces tensions  à l’intérieur des «laïques» et que ne justifie aucunement l’intérêt supérieur du pays.
Peut-on espérer des regroupements de dernière minute? Ne saurait-on pas enfin qu’il y un seul poste de Chef de Gouvernement et un seul pour la Présidence et qu’en politique, c’est le réalisme qui demeure la règle? Auront-t-ils le courage de préparer une plateforme électorale commune et de la défendre chacun de son côté?
Ces prétendus leaders politiques accepteraient-ils de céder leur place à l’un de leurs rivaux politiques pourvu qu’il présente de larges chances d’emporter l’adhésion populaire  et ce une fois qu’un programme politique, social et économique commun aurait été préalablement convenu entre eux en dehors de toute idéologie désuète? Le bon sens et l’intérêt supérieur de ce pays le commandent.
Ce serait un miracle si M.M Hamdi, Hamma Hammami, Néjib Echabbi, Mustapha Benjaafar, BéjiCaid Essebsi, notamment, mesuraient les véritables enjeux et s’entendaient enfin pour se présenter en un seul bloc !
En dehors de ce choix, le chemin est semé d’embûches.
Par ailleurs, que les partisans d’Ennahdha sachent que nous ne nourrissons aucune haine à leur égard et qu’il y a une place pour eux dans la vie politique mais le modèle social importé qu’ils désirent nous imposer, même à doses homéopathiques, nous effraie et  nous voulons nous en prémunir. Souhaitons pour eux que leur Congrès tranche enfin le rôle de la religion dans la politique et la cohabitation politique sera alors des plus sereine.
Nos politiques ont la lourde responsabilité de choisir entre l’Union des forces progressistes et démocratiques ou la désunion avec tous les risques qu’elle comporte. A eux de tirer les leçons de notre histoire récente !
C’est l’espoir que je formule et je me crois autoriser de rêver les yeux ouverts.
La situation regrettable que nous vivons ne nous empêche nullement d’inciter nos enfants à s’inscrire et aller voter quelles que soient les conditions de l’environnement électoral, bon ou mauvais.

Mokhtar El Khlifi
article publié dans Leaders.com.tn le 17/06/2014

samedi 24 mai 2014

Qui a arrêté la mascarade de l'ANC?


12/05/2014
http://www.leaders.com.tn/images/images-v2/icone_visite.png Article publié sur Leaders.com :4374 Visites au 20/05/2014
Par Mokhtar El Khlifi


Vendredi 9 mai 2014, l’interpellation de deux ministres du Gouvernement Jomâa, Madame  Karboul et Monsieur Sfar, s’est terminée en queue de poisson, à ma grande satisfaction.
Pour celui qui a suivi les débats, on s’attendait à ce que les deux ministres interpellés répondent aux questions des députés après la pause de la prière du moghreb.
Cette pause fut longue et on a deviné que quelque chose se tramait dans les coulisses de l’ANC. Puis la séance plénière a enfin démarré et vint une déclaration incolore et inodore des deux ministres. Du coup on a su qu’il y avait quelque chose qui a été conclu.
Ce fut une réelle mascarade, car la ministre du tourisme n’avait pas à être interpellée. On savait déjà qu’après le premier incident de croisière, Madame Karboul avait, dans un souci de transparence, demandé au Ministère de l’Intérieur de mettre noir sur blanc la procédure à suivre pour les touristes détenteurs de passeports israéliens. Ce qui fut fait.
 Mais le document a fuité et a été porté à la connaissance du public. Qui en a été l’auteur? Le Ministère de l’intérieur se doit d’identifier la personne qui a divulgué un document administratif alors qu’il n’était pas habilité à le faire. Ce département contient encore des éléments qui ne devraient pas y être.
Quoique tout le monde, et surtout les professionnels du tourisme, savaient que les touristes israéliens nantis d’un passeport israéliens visitaient la Tunisie à l’occasion de l’accostage des bateaux de croisières à la Goulette ou lors du  pèlerinage annuel à la Ghriba, ce document a soulevé un tollé. Une véritable mascarade.
 Les auteurs de cette triste et regrettable mascarade étaient ceux qui attendaient Karboul, voire Jomâa, au tournant.
Il y avait aussi ceux qui voulaient se distinguer en cette période préélectorale, sans oublier surtout, ceux qui voulaient jouer au pyromane et au pompier à la fois.
Tous démontraient ainsi de manière flagrante leur irresponsabilité politique par le peu de souci qu’ils ont à résoudre nos problèmes économiques.
Les professionnels savaient que la pratique était de ne pas viser le passeport et de  délivrer à ces touristes un laisser passer, tout en prenant soin, pour des raisons de sécurité évidente, de surveiller leur déplacement. On savait aussi que plus d’un israélien était détenteur d’un passeport français ou américain et cela facilitait les choses.
En quoi cette procédure que nous acceptons, pour des raisons évidentes de promotion de notre tourisme, constitue-t-elle une reconnaissance de l’Etat d’Israël? Qui oserait, parmi les tunisiens, reconnaitre l’Etat d’Israël tant que les palestiniens ne l’ont pas fait? Personne.
 Mais qu’on ne se voile pas la face, cet Etat,  existe et est reconnu par l’ONU, les grandes puissances de ce monde  et le sera un jour, bon gré mal gré, par tous les Etas arabes.
 Nous avons même intérêt à coopérer avec cet Etat s’il se détache du sionisme et maintien son caractère laïc.
Comme on le voit, aujourd’hui, ni les gouvernants israéliens, sans envergure politique véritable pour faire la Paix, ni la population arabe ne sont  encore mûrs pour faire ce saut salutaire.
Qui donc a arrêté cette mascarade? La composition de la liste des auteurs de la motion de censure et de celle qui l'a suivie est assez édifiante. Elle comprend, certes, quelques électrons libres mais surtout Ennahdha, le CPR et Wafa. Qui a fait pression sur les signataires de la motion de censure pour  retirer, à la dernière minute, leur signature ? Je pense que c’est Cheikh Ghannouchi.
S’il l’a fait, c’est très probablement que le chef du Gouvernement qui suivait ces débats piteux,  lui  a téléphoné pour lui dire que si ces deux motions passaient, il démissionnerait avec toute son équipe et l’a mis devant ses responsabilités dans l’ouverture de cette crise dont la Tunisie ne se remettra pas.
 Personnellement,  je m’attendais à ce qu’il vienne en personne, à l’ANC, pour remettre les pendules à l’heure, comme Bourguiba, pour Kaddafi au Palmarium!
La question que plus d’un Tunisien se pose est : à quoi joue Ennahdha, en étant le pyromane  et le pompier à la fois?
 Le texte du code électoral, par la volonté d’Ennahdha, encore une fois, laisse augurer  d’un parlement ayant une composition similaire à  celle de l’ANC.
 Comment changer ce pronostic pessimiste et réaliste à la fois?


jeudi 8 mai 2014

Le Gouvernement Mehdi Jomâa m'inquiète





Paru dans Leaders le 03 /05/2014

 3000 visites au 08/05/2014
Par Mokhtar El Khlifi

J’ai plus d’une fois hésité à écrire cet article empreint d’une note pessimiste, mais je crois que chacun devrait dire ce qu’il pense, profitant de cette ère de liberté qui demeure, à présent, le principal acquis de cette «révolution» sans âme.
Tout le monde, ou presque, la défend, mais sur le terrain les choses avancent très lentement sur le plan politique et surtout économique. Cette «révolution» n’avait-elle pas pour origine surtout des soubassements économiques?
A voir ce qui se passe à l’ANC et au niveau des partis, l’urgence des problèmes économiques et donc sociaux, n’est pas encore effectivement prise en compte par manque de maturité politique et d’égocentrisme manifeste que traduisent certains regroupements contre nature!
Répétons que ce Gouvernement se démène et fait ce qu’il peut mais il me semble hésitant et craintif. Il semble vouloir obtenir un consensus politique pour l’application de mesures qu’il estime douloureuses mais dont, je crains, qu’il n’aurait pas encore défini les contours.
Je ne pense pas que cette fois, le «dialogue national» permettrait, en cette phase préélectorale, d’arriver à un accord qui sauverait l’économie du pays. Tout au plus, devrions nous nous attendre à des demi-mesures contradictoires qui mettraient mal à l’aise ce gouvernement.
Que perdrait ce Gouvernement à définir un plan économique, un «business plan» pour reprendre une expression à la mode et à en informer les parties concernées de sa teneur, à savoir, le Conseil des analyses économiques rattaché au Chef du Gouvernement ( dont un membre vient de démissionner : cf le Maghreb du 1er Mai 2014 ), l’UTICA, l’UGTT et les principaux partis politiques, puis à engager, sans tarder son exécution quitte à le modifier en cours de route au vu de la réalité?
Ce qui m’a révolté c’est que le Chef du Gouvernement ait déclaré que la Tunisie n’est pas allée demander de l’aide, mais discuter d’égale à égale avec ses principaux partenaires pour établir une nouvelle coopération.
Soyons sérieux et respectons le bon sens du citoyen qui suit l’actualité économique et financière de son pays. La Tunisie est l’égale de la France ou des USA?
Lorsque le Gouverneur de la BCT affirme que pour le règlement des salaires et des pensions du mois d’avril, le Gouvernement a été amené à faire des acrobaties pour collecter les ressources nécessaires et que ce problème va perdurer pour les mois à venir, le citoyen est en droit de déduire que le pays traverse une réelle difficulté de trésorerie.
Donc, tout le monde s’attend à ce que les pays dits «amis» et qui veulent, et dans leur intérêt d’ailleurs, faire réussir le «printemps tunisien», mettent leurs mains à la poche. Nous avons besoin d’une aide et nous le crions haut et fort. L’aide consentie à des conditions avantageuses et utilisée à bon escient, se rembourse  bien évidemment et il n’y a aucun mal à la demander.
A cet égard, j'ai pris plaisir à lire la déclaration de Jean Daniel, un ancien ami de la Tunisie, faite au quotidien «La Presse» le 27 avril 2014 où il reconnait que les «aides à la Tunisie sont insuffisantes» et surtout celle d'Hervé Morin qui plaide pour «une orientation massive des aides au développement vers la Tunisie. Il ne faut pas, selon lui, que les difficultés économiques et sociales de la Tunisie fassent s’effondrer l’embryon démocratique» ( cf Le Point du 27 avril 2014 ).Je plaide comme lui pour un mini plan Marshal pour mon pays.
Notre Gouvernement,  et contrairement au Gouvernement de BCE qui a pu arracher au G8 des promesses sérieuses de financement, n’a certainement pas présenté de «business plan» précis et n’a pu convaincre ses interlocuteurs, surtout que la partie tunisienne, par orgueil et inexpérience, a donné l’impression qu’elle se suffisait à elle-même.
 Il est temps que M. Jomaa réactive le Conseil des analyses économiques sur de nouvelles bases et avec une nouvelle composition et en faisant appel à un nouveau ministre de l’économie. M. Dimassi, par exemple, et s’il l’accepte, pourrait faire l’affaire.
La France qui traverse une période difficile a sauté sur l’occasion pour reporter les problèmes de la Tunisie à septembre, en imaginant un conclave des « amis » de la Tunisie, comme si notre pays pouvait encore attendre!
Sincèrement, je crois que les propositions de Monsieur Dimessi faites hier soir, 30 avril, sur «Express FM» tiennent la route.
Faire repartir l’économie à partir de ce qu’on a, sans investissement nouveaux majeurs, mais en mettant plus d’agressivité et ce dans l’intérêt de tous les citoyens. Il a cité en exemple la nécessité d’assurer coute que coute la reprise de l’activité de la CPG  et du Groupe Chimique à plein régime, par la persuasion tout en n’excluant pas le recours à la force publique pour la protection de ces unités vitales. Tous les secteurs de production doivent repartir à nouveau et être protégés.
Je me permets d’ajouter, qu’en parallèle, le Gouvernement doit trouver, de toute urgence, la solution aux problèmes qui bloquent certains hommes d’affaires sur qui pèsent des soupçons de corruption. Il n’y aura pas de reprise réelle des investissements locaux et a fortiori des investissements étrangers si ce problème n’est pas résolu ! Une priorité devrait être donnée à l’amélioration de l’environnement grâce à un partenariat public-privé
Ce Gouvernement doit aussi revoir rapidement le nouveau code des investissements et le promulguer le plus vite possible.
Il doit répondre au cri d’alarme du Gouverneur de la BCT pour limiter certaines importations,  lever les entraves à l’exportation et demander à nos ambassades et au CEPEX de trouver de nouveaux débouchés à nos produits en Afrique et ailleurs.
Pourquoi retarder encore le relèvement du SMIG, exclusivement pour les salaires les plus faibles, cela s’entend, et l’accompagner par l’augmentation du prix de la baguette et le litre du carburant et engager ainsi timidement une révision des charges de la Caisse de compensation? Avec la reprise économique, le choc des mesures drastiques nécessaires sera moins dur à supporter. Nous attendons aussi et avec impatience que la loi de Finances pour 2014 comporte un début de révision du régime forfaitaire pour rendre la fiscalité moins injuste et remplir les caisses de l’Etat.
Nous avons apprécié à des degrés divers, la marche à pied vers l’Elysée sous une pluie fine, l’utilisation du métro pour rejoindre la colonie tunisienne à Belleville, le fricassé croqué à pleine dents et les emplettes de chez TATI, mais nous attendons des mesures agressives pour la relance de notre économie. La période de grâce est terminée.
Nous ne pouvons plus attendre!

lundi 14 avril 2014

Gouvernement Jomâa: Plus d'un point d'interrogation



http://www.leaders.com.tn/images/images-v2/icone_visite.png Article publié dans Leaders.com.tn
2697 Visites au 14/04/2014


Je suis parmi ceux qui ont applaudi le choix de Monsieur Jomâa pour former un gouvernement de «technocrates» pour lutter contre le terrorisme qui demeure le préalable à toutes les autres actions, préparer le pays à des élections transparentes et sur le plan économique et financier, arrêter la dégradation des principaux agrégats, parer au plus pressé tout en jetant les bases du changement de notre modèle économique qui a fait faillite et qui a été la cause majeure de la «révolution».
Qui oserait dire que ce gouvernement ne se démène pas pour apporter des solutions aux multiples problèmes qui se posent? Par Dieu, personne de raisonnable!
Mais on peut être en droit de se dire, aujourd’hui, qu’après l’évaluation  par ce gouvernement de tous les problèmes qui se posent et son immersion dans les rouages de l’Administration, la feuille de route peine à se concrétiser. Sur le plan économique aucun cadre d’action à court, à moyen et à long terme n’a pas encore été publié à ma connaissance.
J’ai personnellement rêvé d’un Plan de développement économique rapidement concocté, car le pays regorge de compétences. Ce plan aurait dû précéder la tournée de M. Jomâa à l’étranger, pour convaincre ses interlocuteurs qu’il n’y a pas lieu d’attendre un Gouvernement issu des élections vu qu’il y a véritablement péril en la demeure.
C’est sur la base de ce plan que le chef du gouvernement aurait dû insister pour la mise en place d’un mini plan Marshal pour la Tunisie.
La simple garantie de 500 millions de dollars  témoigne que la partie tunisienne n’est pas arrivée à convaincre les Américains de l’importance de nos besoins.
A ceux qui sont contre l’endettement, je dis que c’est un complément de financement nécessaire pour gagner du temps et éviter certaines privations  et que nous ne mendions pas, car nous allons le  rembourser en monnaie sonnante et trébuchante pourvu qu’il soit bien affecté.
Souhaitons que la tournée au Japon (et  pourquoi pas en Allemagne), deux pays qui ont manifesté, dès le début, leur volonté de nous soutenir, soit mieux préparée et soit réussie!
J’ai rêvé aussi d’une mise en place d’un conseil économique, social et sécuritaire pour éclairer ce gouvernement, car seul il ne pourra rien faire, sans trébucher.
On nous a promis beaucoup de choses mais qui tardent à voir le jour et plus d’un commence à s’impatienter. Certains commencent à s’interroger si l’homme qu’il faut est à la place qu’il faut dans ce gouvernement en qui nous continuons cependant  d’espérer.
La situation est tellement grave qu’elle exige un peu plus de tonus. La seule personnalité qui sort du lot est le Gouverneur de la Banque Centrale qui ne cesse de tirer la sonnette d’alarme. Ses dernières déclarations au sujet du large déficit de la balance commerciale jettent le froid dans le dos. Je les préfère au large sourire de monsieur le Ministre de l’économie et des Finances.
Je vous citerai le cas du siège de l’ISIE bis. Imaginez que le Gouvernement ne lui a pas encore trouvé un siège et que la promesse de lui confier l’immeuble du RCD est tombée à l’eau!
Monsieur Boussarssar, juriste de formation, s’abrite derrière des règles et des procédures à respecter et risque par son comportement de contribuer au report des élections au-delà du 31 décembre 2014.J’ai personnellement regretté le dynamique Monsieur Kamel Jendoubi qui a osé affronter BCE!
Une erreur impardonnable du Gouvernement Jebali est d’avoir refusé de reconduire l’ISIE de Jendoubi ce qui en dit long sur les intentions véritables de la «Troika».
Tout le monde semble ignorer que nous sommes pressés par le temps et qu’il faut agir vite et bien quitte à ce qu’un contrôle a posteriori régularise les empiétements faits aux textes, puisque nous avons une ANC qui semble en dehors du temps et de l’espace et qui ne serait pas prête à donner les pleins pouvoirs à ce Gouvernement.
D’abord, sur le plan sécuritaire. Des efforts louables ont été réalisés mais le coup de poing n’a pas encore été donné sur les hauteurs du Chaanbi et des jebels qui longent la frontière algérienne. Depuis un bon bout de temps on nous dit que des équipements militaires vont bientôt arriver. Souhaitons que l’Oncle Sam va enfin nous les fournir.
La feuille de route?
De nouvelles nominations ont eu lieu au niveau des collectivités locales mais la personnalité de certains est mis en doute par l’opposition. N’aurait-il pas mieux valu  dresser la liste des partants et des nouveaux préposés et la publier pour attirer d’éventuelles observations des partis politiques ou de tout citoyen puis enclencher les nominations?
Les nominations au sein de l’INS et autre sphères attendent. Les LPR courent encore. Un autre problème jettera de l’ombre sur les prochaines élections, c’est celui des associations dont le nombre croit toujours et atteint des proportions importantes. Pourquoi ne pas exiger administrativement de ces associations qui brassent un argent fou qu’elles soumettent  leurs comptes à une certification par des commissaires aux comptes agrées ? (lire enquête de l’hebdomadaire EKHER KHABAR).
A-t-on paré au plus pressé?
La « task force » pour les projets dont le financement existe et qui n’ont pas encore démarré, je ne la vois pas agir. Elle s’est déplacé une fois puis plus rien. Les problèmes sont insolubles ou attend-on la parution de textes législatifs dont la promulgation attendra les calendes grecques ?
Sur le plan économique et financier, pourquoi tarder à diminuer timidement et progressivement les charges de la compensation ? Où réside la difficulté à relever, le prix de la baguette, de 10 ou 20 millimes  comme première mesure indolore? Où réside la difficulté à relever légèrement,  dans une première étape, le prix de l’essence à la pompe ? Pourquoi tergiverser ? Les partenaires sociaux doivent comprendre que le Gouvernement est décidé à s’engager, progressivement, sur cette voie, en douceur, car c’est un mal nécessaire. Bien sûr que le SMIG devra être exclusivement relevé en faveur des plus démunis pour amortir quelque peu le choc des augmentations de prix. Que fait-on pour assainir les circuits de distribution?
Pourquoi le Ministre de l’économie et des finances tarde-t-il à engager la réforme fiscale en commençant par l’abolition du régime forfaitaire car il est admis que ce secteur est à l’origine d’un réel manque à gagner fiscal ? J’aurais préféré cette mesure à l’encouragement des percepteurs à «presser» le contribuable.
Cela n’empêche pas le gouvernement, d’octroyer, le moment voulu et dans la limite de ses ressources, une augmentation salariale en faveur de ces percepteurs mais sans relation avec l’objectif de collecte.  
Peut-être que je suis insuffisamment informé. Dans ce cas mon manque d’information est dû à une insuffisance de communication de la part du gouvernement.
Mes craintes augmentent au vu de la dernière déclaration de Monsieur Ouerfelli qui a enfin osé déclaré qu’il a été procédé à des acrobaties pour pouvoir réunir les fonds au titre des salaires et des pensions du mois d’avril et qu’au  mois de juillet, il en sera de même  mais avec un gap à boucher de 600 MD.
Ce que j’attends personnellement de ce Gouvernement est une déclaration à la TV sur la situation réelle du pays avec quelques chiffres essentiels suivie de son programme d’action.
Mais, Monsieur Jomâa devrait tout d’abord en informer d’abord les responsables du CPR et de Wafa pour les convaincre de soutenir son gouvernement et d’être à la hauteur de leurs responsabilités. Ce qui se passe à l’ANC est de mauvaise augure. Il pourra  ensuite se réunir avec les 21 partis qui ont fait partie du dialogue national à l’effet de les amener à le soutenir franchement.
Je souhaite aussi qu’avec, le patron de l’ISIE bis et de la Haica,que le chef du gouvernement invite tous ceux qui ont engagé prématurément  et illégalement leur campagne électorale  à l’arrêter et à se consacrer à soutenir l’effort  du gouvernement à redresser la situation, car sans ce redressement il n’y aura pas d’élections.