Tunis le 06 décembre 2013
C’est la conférence de presse tenue, le 4 Décembre 2013, par le
porte-parole d’Ennahdha qui m’a poussé à réagir. Ce parti a voulu faire
endosser la responsabilité de l’échec du « Quartet » au Front
populaire, ce qui me semble injuste pour plus d’une raison.
D’abord, il n’appartient à aucun parti de désigner le responsable
de l’échec du « dialogue national ».C’est au seul
« Quartet » de désigner le ou les responsables de cet échec. C’est le
seul organe habilité à le faire en raison de son impartialité. On ne peut, en
effet, être juge et partie.
Tout jugement en dehors du
« Quartet » ne peut s’analyser qu’une action de pure propagande
électorale.
Ceci étant dit, tout le monde est au courant du fait qu’Ennahdha
n’a accepté le dialogue qu’après avoir trainé les pieds et sans qu’une
unanimité au sein de ce parti n’ait été réalisée. Cette absence de cohésion s’est traduite dans les
faits par un rejet de certaines conclusions issues du consensus et réalisées sous
l’égide du « Quartet », à savoir la nécessité d’amender certains
articles du règlement intérieur de l’ANC, ce qu’ont rejeté les députés
d’Ennahdha et du CPR, notamment.
Par ailleurs, rien n’a été fait, apparemment, par ce parti pour pousser le CPR au dialogue
en signe de bonne foi. Et ce n’est pas tout. Le projet de loi sur les
« hbouss », la déferlante des nominations en parallèle au dialogue et
j’en passe, font douter de la bonne foi d’Ennahdha.
Oui, comment peut-on réellement croire dans ces conditions
qu’Ennahdha a voulu faire réussir le
dialogue et c’est le Front populaire qui est le responsable de l’échec ?
Tout le monde a perçu la volonté de ce parti de faire passer une
personnalité, que plus d’un respecte, mais dont on doute de son impartialité en
raison, dit-on, de ses liens avec Ennahdha et El Joumhouri sans occulter le fait qu’il ne
pourra pas supporter la charge de travail qui l’attend à la tête du
Gouvernement. Suffit-il à un octogénaire de faire sa promenade quotidienne pour
affirmer que ce dernier pourra conduire un Gouvernement confronté à des tâches
difficiles ?
Cet entêtement ne peut être perçu que par une volonté de faire
capoter le dialogue. J’espère me tromper.
Quant à l’entêtement du Front populaire à rejeter la candidature de
Jelloul Ayed, il serait motivé par les doutes qui planent sur sa personne.
Peut-on condamner une personnalité sans preuve irréfutable ?
C’est à Monsieur Jelloul
Ayed de répondre à ces accusations et de lever les ambiguïtés qui planent sur
sa personne ou de se retirer, éventuellement, de cette course.
Ennahdha, dans ses déclarations, tient toujours au dialogue et
c’est important. Elle juge même le délai de 10 jours trop long ! Mais cela
ne suffit plus. Il faut qu’elle ramène un peu plus d’homogénéité en son sein sinon
les députés à l’ANC continueront leur action de blocage. Elle devra introduire
plus de cohérence dans son action sinon on ne sortira pas de l’auberge.
Comment sortir de cette impasse ? Difficile, voire impossible.
L’opposition devrait se réunir au plus vite en incorporant d’autres
partis et des représentants de la
société civile. Elle devra s’entendre avant tout sur le programme politique et
économique du prochain Gouvernement, au moins dans ses grandes lignes, puis
désigner ses candidats par ordre de préférence et en saisir le « Quartet ».
A Ennahdha et à ses alliés (surtout le CPR) d’en faire autant.
Sur cette base, le « Quartet » tentera de rapprocher les
programmes et de trouver la personnalité
consensuelle qui dirigera le Gouvernement.
Le « Quartet » tiendra le peuple à témoin en publiant les
deux programmes et les listes de leurs candidats.
Si les programmes comportent, notamment les points suivants, on
pourrait voir enfin le bout du tunnel ;
·
Création par le Chef futur du Gouvernement d’une Commission
impartiale qu’il présidera et qui sera chargée de revoir les nominations faites
par le Gouvernement actuel et susceptibles de jeter le doute sur la
transparence des élections,
·
Fixation par l’ISIE bis d’une date des futures
élections à une date qui tienne compte, à la fois, des conditions matérielles
de réalisation des élections et du temps nécessaire à la Commission précitée de
revoir les nominations.
·
Prendre les mesures de nature à garantir
l’indépendance effective de la Justice et des médias,
·
Mettre un terme à l’activité des LPR,
·
Contrôler le financement des associations et
des partis politiques
·
Adapter la Loi de Finances pour la gestion 2014
qui devrait incorporer un début de réforme de la fiscalité et la révision du
budget alloué à certains départements dont notamment celui des Affaires
religieuses,
·
Arrêter un plan de lutte contre le terrorisme
en associant les personnes et les structures intéressées,
·
Revenir sur ce qui a été entrepris jusqu’ici
pour remodeler notre modèle de société,
·
L’engagement de tous les partis politiques à
soutenir le nouveau Gouvernement,
·
Voter le projet de loi relatif à la justice
transitionnelle et s’aligner sur l’exemple de Mandela qui a pris la décision de réconcilier entre elles
les composantes blanches et noires de la société au lieu de bâtir une société
sur la haine et les divisions.
Il va sans dire que
l’ANC doit reprendre, au plus vite, ses travaux avec la participation de tous
ses députés pour hâter la promulgation d’une Constitution, d’une ISIE bis et
d’une loi relative au cadre juridique des élections.
Quant à l’UGTT, elle
se doit d’œuvrer pour suspendre toutes les formes de revendication pour
contribuer à rétablir la Paix dans ce pays traumatisé et au bord du gouffre.
Le malheur est qu’au
vu du comportement de nos politiciens, nous éprouvons un cruel besoin d’avoir
un Mandela pour présider aux destinées de notre pays car aucun ne semble
emporter l’adhésion du plus grand nombre.
Puisse le
« Quartet » réussir dans son défi de réunir les frères ennemis et de
tirer d’eux un accord consensuel qui épargnera au pays des malheurs.
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