Tunis le 30 octobre 2014
Article publié dans Leaders.com
Les urnes ont fait tomber
leur verdict impitoyable qui ne satisfait personne. Une très courte majorité
pour Nidaa, talonné par le puissant parti d’Ennahdha qui perd la majorité au Parlement,
l’émiettement, voire le laminage des forces démocratiques qui ont fait une
mauvaise lecture de la situation et enfin l’exclusion des partis RCDistes.
Pour Nidaa qui a remporté
ces élections sans grand panache, c’est un cadeau empoisonné dans la mesure il
parviendra difficilement à constituer une majorité au Parlement avec ses 85
sièges sur 217.Il devra chercher 24 voix
pour avoir la majorité requise de 109
voix.
A mon sens, il lui est
difficile de compter sur les seules voix (15) du Front Populaire en raison de
son programme économique trop à gauche et avec une orientation peu enviable
pour une reprise de l’investissement national et surtout étranger. Remettre en
cause le règlement de la dette tunisienne est un obstacle majeur à difficile à
surmonter.
Peut-il compter sur les voix
(17) d’UPL ? Déjà les déclarations de certains dirigeants de Nidaa
montrent qu’ils ne « gobent » pas ce parti et lui dénient même la
qualité de parti qui se montre déjà un
peu trop gourmand puisqu’il réclame, à grands cris, des postes importants
(économie, Finances que sais-je encore ?) que Nidaa n’est pas prêt de les
lui accorder car il foisonne de compétences.
Nidaa pourrait, sur la base
d’un programme clair, constituer un noyau dur avec Affek. Mais les 8 voix
d’Affek sont insuffisantes pour constituer une majorité.
Nidaa ne pourra pas compter
sur les autres petits partis, à moins qu’il court le risque d’une instabilité
gouvernementale.
Restent les voix d’Ennahdha
(16 voix sur 70) pour atteindre une
majorité stable composée de Nidaa (85 voix, Affak 8 voix, Ennhdha 16).
Là y a des obstacles majeurs
à dépasser. Nidaa perdra la confiance de ceux qui lui ont accordé leur
confiance pour contrebalancer « l’ogre » qui s’est engagé à
remettre en cause leur modèle de société. Ce dernier sera-t-il prêt de tenir un
Congrès pour amender sa charte qui devra montrer qu’il s’est démarqué des
frères musulmans et qu’il a décidé de faire une nette séparation entre le
politique et le religieux ?Le Cheikh qui a montré, plus d’une fois, son
réalisme politique ( question de la « chariaa »,complémentarité de la
femme, révision du projet de Constitution du
1ER Juin (dont s’est enorgueilli MBJ), acceptation enfin du
dialogue National, démission du Gouvernement etc.) est en mesure de le faire.
Mais sa base est-elle prête de le suivre ?
Que reste-il à faire pour
BCE ?
A mon sens, il s’orientera
tout droit vers la constitution d’un Gouvernement de technocrates indépendants
qui appliquera un programme économique et social arrêté par les partis et les
principales composantes de la société civile (UGTT et UTICA ) d’où l’urgence
qu’il y a à remettre en selle le « Dialogue National » autrement
composé.
A mon avis, cet organe
devrait comprendre, outre les représentants des principaux partis politiques,
ceux des partis historiques qui ont été écartés par la technique du « vote
utile » et des représentants de la société civile.
Le programme économique et
social de Nidaa servira de base de discussion. Un dénominateur commun devra
être dégagé et c’est ce nouveau programme qui servira de cadre à l’action du
futur Gouvernement. Ce cadre sera soumis,
bien entendu, à l’approbation du Parlement.
Je pense qu’en dehors de
cette démarche, il n’y a point de salut car on engagera le pays dans une ère de
turbulence dont on fera bien de faire l’économie !
Inutile de rappeler que le
pays attend des réformes importantes et parfois douloureuses pour que le pays
soit remis sur les rails.
Le pays a vécu l’expérience
d’absence de vision économique, de la mollesse, des tergiversations, de la peur
de prendre les grandes décisions et des contradictions entre les trois
composantes du Pouvoir surtout avant le Gouvernement Jomaa ( affaire Baghdadi )
à qui nous devons lui rendre un vibrant hommage pour avoir conduit le pays vers
des élections saines et hautement sécurisées grâce au concours de notre armée
et de nos forces de sécurité que nous félicitons bien vivement.
Nous avons besoin d’un
Pouvoir politique fort, sans être dictatorial, pour redresser le pays et le remettre sur la voie
du travail et de la productivité qui conditionnent une redistribution équitable
des richesses produites entre les citoyens et les régions.
Les élections présidentielles
approchent à grand pas. Les candidats sont relativement nombreux.
Ceux qui ont perdu les
élections législatives par égo, recherche du Pouvoir ou mauvais calcul
politique doivent avoir la pudeur de s’écarter vu leur poids politique réduit à
la portion congrue au lieu de brandir l’épouvantail du retour à la dictature,
ignorant à dessein, qu’après le 14 janvier 2011, ni les institutions mises en
place, ni le bon et courageux peuple tunisien avec sa vaillante société civile,
ni sa presse libre et courageuse, parfois à outrance, ne le permettront plus,
plus jamais !.
Aux
« indépendants » que les élections ont montré qu’ils n’ont plus de
base pour les soutenir, d’avoir le courage de se désister et de se réserver
pour d’autres fonctions au service de ce pays meurtri. Nous leur en serons
reconnaissants.
Ce comportement responsable
nous permettra de conforter le résultat des élections législatives et de nous
faire gagner un temps dont le pays a tant besoin.
Renouvelons notre confiance
à ceux que le peuple a désignés pour conduire le pays, faisons en sorte qu’ils
bénéficient d’un préjugé favorable mais restons toujours aux aguets pour
redresser la barre.
Vive la Tunisie !!!
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