19 Janvier 2015
La révolution qui a commencé par l’action des forces
intellectuelles et politiques, s’est manifestée dans la triste épreuve
du bassin minier, puis à Sidi Bouzid, par l’immolation de feu Mohamed
Bouazizi. Elle n’a pas eu, malheureusement, de véritables leaders.
Les jeunes démunis de tout, se sont exposés, un peu partout dans le
pays, à la mort par balles, pour réclamer, simplement, le droit à la vie, tout
comme leurs concitoyens. Ils n’avaient aucune philosophie, ni aucun projet de
remplacement de l’existant.
Ceux qui les ont soutenus, une fois qu’ils ont acquis la quasi-certitude
que le coup de pousse à apporter ferait triompher l’insurrection, l’ont soutenu
et se sont accaparés de l’aubaine pour revendiquer le droit d’en être les
auteurs et d’en fixer les objectifs et les moyens, d’où les positions
divergentes et donc les situations conflictuelles (création d’une ANC avec
perte de temps et d’argent).
Cette «révolution» a apporté des gains inestimables, une Constitution
après bien des tergiversations et surtout la liberté d’expression, au point que
nous commençons à souffrir de cet excès lié au fait que nous ne sommes pas bien
préparer, d’où la nécessité de dompter cette cavale en furie pour que nous
puissions aller de l’avant, sans trop de pertes.
Oui, c’est à toutes les parties concernées de faire l’effort sur
elles-mêmes pour sauvegarder cette liberté en créant leur propre code de
déontologie.
Mais il y a des échecs patents qui donnent à cette « révolution » le
goût de l’inachevé.
Si l’institution du « Dialogue national
» a été également une brillante réussite due au « Quartet », par contre,
l’institution du dialogue socio-professionnel a été occulté.
Nous enregistrons ses effets, dans le
domaine économique, avec ses graves retombées sociales, portant les germes de
rebondissements déstabilisateurs.
Sur ce point essentiel, cette « révolution » piétine, car on ne vit pas que de liberté tant qu’on a des ventres creux et des sans-abris.
D’abord, les « laissés pour compte » ont pris leurs désirs pour des réalités
et demandent de cette « révolution » de satisfaire, illico presto,
leurs besoins de travail, de santé, de logement et d’alimentation. Personne n’a
fait le nécessaire travail d’éducation et d’encadrement pour exposer crûment
les choses comme elles sont et ramener les revendications à leurs justes
valeurs.
Les pouvoirs publics, quant à eux, n’ont
pas été en mesure de maitriser la hausse des prix.
Ici aussi, la liberté des prix ne doit
pas être absolue. Elle a aussi ses limites. Pour chaque produit importé
ou fabriqué, l’Etat en particulier, doit pouvoir dresser et actualiser son prix
de revient TTC et le publier sur son site. C’est à partir de ce coût qu’on peut
fixer, en toute transparence, une marge raisonnable sur laquelle les pouvoirs
publics peuvent agir si elle s’avère excessive.
Le Commerce parallèle et le contrôle des circuits de distribution se
heurtent à des difficultés que nous ignorons. Après le dépôt de viandes
avariées découvert, après un contrôle administratif, nous commençons à douter
de ce que nous mangeons dans nos assiettes et au prix fort.
Sans investissements nouveaux, il n’y aura pas de création significative
d’emplois.
En ce qui concerne l’investissement privé, l’UTICA reste timide dans son
action s’appuyant sur l’absence d’infrastructure et l’insécurité qui
règne, quoiqu’actuellement elle tende à s’estomper, il est vrai, mais
graduellement.
Saluons l’investisseur qui a osé créer une unité de traitement du lait à
Sidi Bouzid.
Mais où sont les autres investisseurs ? Où est l’esprit d’entreprendre ?
Malgré le marasme dans lequel se dépêtre le pays et son tissu industriel,
l’UGTT, quant à elle, poursuit sa course effrénée en avant, pour satisfaire, sous
la pression de ses adhérents, les revendications salariales de sa base.
Bien sûr que ses accords, arrachés à l’Etat, en fait sous la
pression, donnent le droit virtuel à l’UGTT de reprocher à cet Etat
de renier ses engagements qui, il faut le dire, ne se justifient
aucunement en pure orthodoxie financière.
A-t-on le droit de servir, tenez-vous bien, des primes de rendement à des
unités déficitaires (CPG, transports) alors que l’Etat est exsangue ?
Elle considère comme légitimes ses revendications face à la montée des prix
dans tous les secteurs nonobstant le fait que la production et la productivité
soient en recul. Elle a ses arguments. Elle doute des chiffres du Pouvoir à qui
elle reproche aussi son inertie, ou son incapacité, à juguler, notamment, le
commerce parallèle et les dysfonctionnement dans les circuits de
distribution.
Pour faire aboutir ces revendications,
rien de plus facile que de recourir à la grève fut-elle sans préavis (avec
quatre jours et une perte quotidienne de 140 mille dinars à la Transtu !).
J’ai même entendu, sur une chaîne TV,
l’un des directeurs adjoints de l’UGTT, remettre en cause le préavis de 10 jours
prévu par la loi au motif que c’est une spécificité tunisienne. Heureusement
qu’elle existe !
Les derniers développements, particulièrement dans le secteur des
transports et des phosphates, montrent l’urgence qu’il y’a à s’entendre sur la
démarche à adopter pour maîtriser les revendications sociales qui semblent ne
pas connaître de répit et aller crescendo.
Certes, la grève est un droit prévu dans la Constitution et il ne viendrait
à l’idée de personne de le remettre en cause, de même que sa contrepartie, à
savoir le droit au travail, le recours au lock-out et aux réquisitions.
Le droit au travail revendiqué âprement par une député n’a pas,
malheureusement été retenu par l’ANC. Il en résulte un net déséquilibre
regrettable.
Pour faire face à ce raté de notre « révolution », il me semble, plus que
nécessaire et urgent, de tout remettre sur le tapis à savoir, la situation
financière réelle du pays et sa capacité ou à son incapacité à faire face aux
revendications salariales, la situation financière des entreprises
particulièrement publiques et celles de notre tissu de PME, la transparence des
comptes des entreprises et la contribution fiscale des uns et des autres.
De ces réunions de travail doit se
dégager une autre spécificité tunisienne, celle d’un consensus
socio-professionnel pour les quelques années à venir.
Il existe une commission présidée par le chef du gouvernement et réunissant l’UGTT et l’UTICA. Il faudrait l’élargir à ceux qui n’en font pas encore partie et l’activer. C’est un cadre idoine pour tracer une feuille de route.
Il existe une commission présidée par le chef du gouvernement et réunissant l’UGTT et l’UTICA. Il faudrait l’élargir à ceux qui n’en font pas encore partie et l’activer. C’est un cadre idoine pour tracer une feuille de route.
Cette commission se doit, au plus vite, de se pencher sur les arrêts des
services et de la production qui se répètent et nuisent au redémarrage de
l’économie. Elle doit trouver immédiatement une solution pour la CPG et le
Groupe chimique.
Le pays ne peut dépendre de ces actions irresponsables qui nuisent aux
entreprises et, en fin de compte, à tous ceux qui revendiquent et, in fine, à
l’économie nationale.
Tant qu’on n’aura pas brisé l’idée que par la force on peut arriver à faire
plier l’autre, nous vivrons des jours de plus en plus sombres et la société
civile n’est pas prête à faire encore des sacrifices en payant plus d’impôts et
en s’endettant, pour combler les déficits de nos entreprises.
Le retour au travail et à la productivité est une urgence pour tous.
Il faut, de toute urgence, que les grèves avec arrêt de la production ou
des services soient proscrites. Le salarié peut manifester son mécontentement
tout en travaillant normalement et sans excès de zèle.
Nous apprenons avec une large satisfaction que « La fédération générale des
agents municipaux affiliée à l’UGTT a décidé, samedi 17 janvier 2015, d’arborer
le brassard rouge, durant trois jours, à partir du lundi 19 janvier» .
Il va sans dire que le
patronat, public ou privé, doit recevoir le message de cette nouvelle forme de
revendication et l’examiner avec le sérieux et la diligence nécessaires.
Nous ne sommes pas les seuls à adopter
la formule du brassard rouge ! (Japon, Corée du Sud....).
J’irai même plus loin. Le patronat doit prévenir ces actions de
revendication en partageant le fruit de la croissance de l’entreprise et qui
n’a lieu, faut-il le rappeler, que par la conjonction des forces du travail et
du capital.
Sous d’autres cieux, le salarié est associé au capital de son entreprise !
Le large écart entre ce que perçoit le patron et le salarié doit se
rétrécir. Dans le secteur bancaire (par exemple) les écarts sont plus que
criants !
Sans cette véritable révolution dans l’esprit, des uns et des autres, dans
la façon d’aborder et de résoudre nos problèmes sociaux et économiques, nous n’arriverons pas à
réaliser la nécessaire harmonie dans notre développement socio-économique,
combien nécessaire, à la consolidation d’un processus démocratique fragile et
engagé à grand peine.
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