Le rideau est tombé. Un
nouveau Gouvernement vient de voir le jour ce jeudi 05 février 2015.La Tunisie
a maintenant un Parlement et un Président de la République élus pour cinq ans ainsi qu' un Gouvernement d’Unité de partis. Sans doute,une bonne nouvelle pour le pays et pour l’étranger.
Chaque Ministre a été tenu
de préparer un programme d’actions urgentes en cinq points, d’ici 10 jours.
Secundo, et cela nous réconforte, il y aura enfin, un Plan de développement
quinquennal, élaboré de concert avec les partis politiques, les organisations
nationales et la société civile, de nature à préciser le cadre, les objectifs
et les moyens de ce Gouvernement.
Suivons-le pas à pas, ne lui mettons pas les
bâtons dans les roues en revenant aux sempiternelles manifestations avec des
arrêts de la production et des services.
Cependant pour boucler la
boucle, j’aurais souhaité qu'un Conseil économique et social, new-look, soit ressuscité pour aider, par ses
avis, et l’ARP et le Gouvernement dans leurs missions respectives.
Souhaitons, tous, à ce
Gouvernement plein succès.
On rappelera d’abord que ce
Gouvernement vient d’obtenir un vote de confiance de l’ARP de 167 voix. Trente députés
ont voté contre et 8 se sont abstenus.
Sur un total 217 députés, 12 se sont absentés. L’un des députés de Nidaa a voté
contre et 4 se sont abstenus. Pour Ennahdha, 58 ont voté pour, 3 se sont
abstenus et 8 figurent parmi les absents
( source Bawsla/marsad.tn).
Ma seconde remarque et la plus importante
repose sur deux interventions remarquables, faites à l’ARP, par deux députés
d’Ennahdha, celle de Monsieur Ahmed Mechergui et celle de Monsieur Abdellatif
Mekki.
Monsieur Mechergui a commencé
son intervention par un geste qui m’a ému personnellement en rappelant l’état
de santé de Madame Maya Jeribi, l'énergique secrétaire générale du Parti El Joumhouri. Cela n’a rien de politique
me diriez-vous. Absolument pas, car, à mon sens, il aurait pu lui rendre
simplement visite, mais il a tenu à exprimer publiquement sa sympathie à cette
militante et, à travers lui, celle des
membres d’Ennahdha. C’est un geste nouveau de réconciliation des cœurs.
La seconde intervention est
celle de Monsieur Mekki qui a demandé à l’assistance d’observer une minute de
silence envers l’aviateur jordanien brûlé vif par Daech. C’est là un signe
majeur de l’évolution d’Ennahdha à travers l’un de ses « faucons ».C’est
réconfortant de condamner publiquement l’extrémisme de Daech qui existe tout prêt
de nous en Libye prêt à semer la pagaille en Tunisie et dont "l’esprit", faut-il le souligner, existe à
l’intérieur de nos frontières.(d’après le MI)
Cela m’amène à évoquer la volte-face de BCE et du parti
qu’il a créé, récemment, de toutes pièces, pour contrebalancer le poids
grandissant d’Ennahdha qui s’est employée, comme chacun le sait, à mettre la main
sur les rouages de l’administration, à « réislamiser » le pays en
introduisant la philosophie wahabite et celle des frères musulmans dans nos
mosquées et dans des écoles coraniques qui ont poussé comme des champignons,
sans occulter les encouragements tacites accordés aux extrémistes et le soutien
direct à leur chef Abou yadh revenu victorieux à la mosquée El Fath, une fois
l’ambassade US investie.
J’ai personnellement cru que
BCE, malgré son âge, était la seule planche de salut et c’est pourquoi plus
d’un d’entre nous, sans adhérer à ce parti, lui ont fait confiance et ont voté pour son parti et pour lui.
En incluant Ennahdha dans le
Gouvernement,même apparemment, à doses homéopathiques, dans sa seconde version, BCE, a-t-il, un seul instant, pensé qu’en
revenant sur son engagement de ne s’associer qu’avec ceux qui partagent la
défense de notre modèle de société, ,
il courait un risque certain de perdre une très grande partie de son électorat, composé surtout de femmes ?
A-t-il pris la peine d’en
informer les adhérents à Nidaa et à ses
électeurs externes et de leur expliquer
le pourquoi des choses ? Ils se sont sentis bernés.Certains députés de Nidaa se sont
abstenus ou ont voté contre. On les menace de sanctions au nom de la nécessité de respecter la discipline de parti ! Est-ce logique ?Est-ce acceptable?
En réponse à notre
déception, on nous avance, l’argument selon lequel le peuple n’a pas accordé une
majorité confortable à Nidaa ce qui voudrait dire que le peuple exige que le
couple Nidaa-Ennahdha nous gouverne.
Je n’y crois pas car les
chiffres montrent que Nidda pourrait gouverner avec une majorité, quand bien même étriquée, et faire passer ses
textes à l’ARP malgré une forte opposition.Respectons la loi de la démocratie.
Dans
son interview à un journal algérien, BCE affirme qu’il a été acculé à faire ce choix par la faute de la gauche.
Je pense personnellement que
l’entrevue de Paris, entre BCE et Ghannouchi, a scellé le destin de la Tunisie.
Les deux personnalités sont parvenues à s’entendre sur la nécessité de recourir au dialogue et à
la conjonction de leurs efforts pour sortir le pays de l’impasse.
Implicitement, ou par accord, des concessions devaient se faire de part et d’autre. Ce qui fut fait. La barre
des 65 ans a été éliminée du projet de Constitution et le projet de loi sur l’exclusion
a été abandonné.
Ennahdha, en la personne de son chef, n’a
cessé de donner des signes de sa prédisposition à honorer son engagement moral.
Abandon de la mouture du 1er juin de la Constitution, démission du
Gouvernement Larayedh et nomination du Gouvernement de technocrates de Jomaa. Récemment,
après les élections, on a assisté, par consensus, à la répartition des responsabilités à la tête de
l’ARP et à la rentrée d’Ennadha au Gouvernement.
C’est un gain politique
majeur pour Ennahdha d’avoir un pied au Gouvernement pour savoir ce qui se
passe en son sein et pour introduire, selon les mauvaises langues, au sein de
Nidaa les germes de l’implosion pour s’accaparer ensuite le Pouvoir, peut-être même, lors des
municipales et en cas d’élections anticipées, dans un ou deux ans, ce qui n’est
pas à exclure.
Je suis pour la
réconciliation des tunisiens entre eux après avoir été séparés après la prise du
Pouvoir par Ennahdha.
Cependant, pour que ce but
soit atteint, je me tourne vers Ennahdha, pour lui dire, en toute naïveté peut-être,
que les pas déjà faits et les appels du pieds que nous avons pu relever au sein de l’ARP sont pour nous insuffisantes pour
sceller cette réconciliation avec le peuple tunisien.
Oui, personnellement, je suis pour
une entente avec Ennahdha, mais il faut des garanties.
Outre le comportement sur le
terrain, il faut qu’Ennahdha tienne son Congrès pour modifier sa charte qui
reconnaîtra le caractère civil de l’Etat, la séparation du religieux du
politique et reniera ses attaches aux frères
musulmans et au wahabisme.
C’est à ce prix que la
réconciliation nationale pourrait se faire, mais pas avant.
Ennahdha a évolué, mais il y
a un pas de plus à faire pour que la sérénité se rétablisse !
Mokhtar el khlifi
06 /02/2015
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