(Article publié dans Leaders.com.tn le 01/12/2015)
Tout le monde a bien remarqué, sans doute, la multiplicité des réactions
négatives au bref discours du Président de la République tunisienne, dans les
journaux, la radio et les réseaux sociaux. Rares ont été les réactions positives.
Ce constat étonne et inquiète lorsque les réactions émanent d’intellectuels,
d’analystes politiques et d’hommes politiques.
Je ne suis pas de Nidaa mais j’ai voté pour lui. Agé de 73 ans, ou presque,
je n’aspire plus à rien. Mon seul vœu est que mon pays se remette de cette
crise profonde qui le secoue sur le plan sécuritaire, politique et économique,
avant que je ne quitte cette vie d’ici-bas. Je n’adore pas les hommes
fussent-ils des Bourguiba. Je les juge sur ce qu’ils ont fait de bien ou de mal
à leur pays.
Lorsque vous entendez un « responsable politique » évaluer le temps qu’a
consacré BCE aux trois problèmes urgents et graves qu’il a traités, dans son
discours, a savoir le terrorisme, la Paix sociale et la crise qui secoue Nida
pour lui reprocher d’avoir trop parler de Nida et ne pas avoir fait état des
nouvelles mesures concrètes envisagées pour combattre le terrorisme, je demeure
pantois.
S’attend-il, sérieusement, à ce que BCE, lise publiquement, les
nouvelles mesures qui seraient prises dans peu de temps ?
Concernant l’épineuse question de la crise qui frappe Nida, il lui a été
reproché de ne pas respecter la Constitution en intervenant directement dans
les affaires d’un parti qu’il a quitté. Hier, on lui demandait pourtant
de se dépêcher d’intervenir pour user de sa force morale afin que les frères
ennemis s’entendent enfin et nous épargnent leurs querelles publiques.
Lorsqu’il s’agit du premier parti qui a remporté les élections et sur
lequel pèse la lourde responsabilité d’instaurer un équilibre des Pouvoirs en
vue de parachever le processus démocratique, de s’engager sur la voie ardue du
développement et de mener une action de soutien, de mobilisation des
énergies et de contrôle de l’action du Gouvernement, il faudrait être,
irresponsable ou de mauvaise foi, pour ne pas le faire, car il y va
de la stabilité de l’Etat et de sa crédibilité.
N’avons-nous pas intérêt tous, nidaistes ou non, à ce que ce contrepoids à
Ennahdha perdure pour la pousser à réaliser plus de concessions sur la voie de
sa transformation en parti séparant le politique du religieux et à tenir,
à cette fin, son Congrès au plus tôt?
Dans l’opposition nous ne percevons pas de soutien franc à l’action d’un
exécutif, issu pourtant d’élections transparentes et faisant de son
mieux, sur le terrain, avec quelque lenteur, il est vrai.
Il est vrai que le Pouvoir refuse, à ce jour, de ressusciter le Conseil
économique et social qui pourrait réunir toutes les tendances politiques,
à coté des experts, pour aider, par ses avis techniques consultatifs, et le
Gouvernement et l’ARP.
Pourquoi cette opposition se cantonne-t-elle dans un dénigrement
systématique, refuse de mettre la main à la pâte et s’évertue à mettre en
exergue, publiquement, la moindre défaillance, à des fins électoralistes?
Par exemple, même si le lancement d’un appel d’offres péchait par une
certaine défaillance, avait-on besoin d’étaler l’affaire en public et de
traiter un ministre, de menteur, en plein débat parlementaire?
Un élément constitutif de Nida a osé, en cette période délicate, éditer une
vidéo, pour ajouter certains éléments qui auraient été retranchés à son
intervention dans une série télévisée publique dominicale, pour remettre, à
nouveau, en cause, la santé du Président, créant ainsi le doute dans l’esprit
du citoyen et introduisant un facteur supplémentaire d’incertitude sur la
finalisation du processus démocratique ce qui pourrait accentuer la lenteur de
certains pays à nous aider franchement à relever les défis qui se posent au
pays.
Rappelez-vous que cette même personnalité avait parlé de Brutus
côtoyant BCE.
Au «groupe des 31» qui reproche à BCE de n’avoir pas tenu ses promesses
électorales en se rapprochant d’Ennahdha, je dis que votre action pourrait
cacher, tout simplement, la volonté de certains d’entre vous de préparer
l’après BCE, car celui qui sera aux premières loges du Congrès et donc du
parti, pourra aspirer, demain, ou en cas de vacances, à mettre la main sur la
machine électorale et donc sur le Pouvoir.
Ces frères ennemis qui se disputent, sans aucune pudeur et en public et qui
usent parfois de moyens violents sensés être révolus, ont crée
l’environnement favorable pour que l’UGET soit battue à plate couture par
la partie adverse, chose qui est passée en silence et qui préfigure une défaite
de Nida aux élections municipales.
Il faudrait être frappé d’une cécité politique, d’un égoïsme sans borne,
d’une irresponsabilité absolue pour laisser Nida descendre cette pente
glissante.
Nida n’a pas besoin de nains politiques et il se doit de nettoyer ses
rangs. Le plus tôt sera le mieux.
Cette atmosphère délétère ne fait que renforcer Ennahdha à laquelle
certains prétendent s’opposer à son hégémonie, suite à sa participation
au gouvernement, ignorant, a dessein, qu’une large frange de l’électorat a voté pour
elle.
Les courants extrémistes qui la traversent et qui sont
actuellement contenus, resurgiront, en cas de défaillance de Nida, et une fois
au Pouvoir, ils mèneront leur politique de « réislamisation » du pays. Ce sera
trop tard pour les en empêcher.
Faut-il être un génie pour comprendre ces enjeux?
Pour ce qui est de l’établissement d’une Paix sociale à laquelle BCE porte
de gros espoirs, l’UTICA et l’UGTT doivent remettre leurs pendules à l’heure et
être au rendez-vous de l’histoire, car le pays est à un tournant difficile et à
bout de souffle.
Il faut savoir trancher, courageusement et dans le vif. Cela a trop
duré!
Si l’UTICA se réfugie, à tort, derrière le taux officiel de
l’inflation, il faudrait être techniquement stupide, ou carrément
de mauvaise foi, pour ignorer que le panier et les pondérations qui servent au
calcul du taux de l’inflation, ne collent plus à la réalité et gagneraient
donc à être actualisés.
Si l’UTICA, aidée par l’INS, faisait ce calcul du taux de l’inflation réel,
à deux chiffres je pense, elle pourrait faire un pas vers l’UGTT, nonobstant le
fait que la décision a déjà été prise pour servir des augmentations salariales
dans le secteur public ce qui était une erreur économique grave.
Par ailleurs, les chefs d’entreprises, adhérents ou non, à l’UTICA, se
doivent de prendre pour exemple, un certain entrepreneur, qui a pu
investir récemment, à Sidi Bouzid, sans attendre le rétablissement de la
sécurité ou, la promulgation du nouveau code des investissements, mu surtout
par l’esprit d’entreprendre, le courage et le nationalisme.
Ce déficit dans l’esprit d’entreprendre, créateur de nouveaux emplois, doit
être comblé avant de demander à l’étranger d’investir.
En contrepartie, l’UGTT se doit d’œuvrer à mettre, enfin, un frein aux
pressions excessives de sa base, traversée par un courant puissant de gauche,
et empêcher ces grèves lourdes de conséquences économiques pour nos entreprises
ou ne les réaliser qu’à l’intérieur d’un intervalle de temps restreint, pour ne
pas freiner, ni la production, ni les services, sans oublier qu’elle doit tout
faire pour que la productivité reprenne dans tous les secteurs, publics et
privés, car en Tunisie, elle est des plus basses dans le monde.
La Tunisie était, à un moment donné, au même niveau de développement que la
Corée du Sud. Voyez ce qu'elle est devenue aujourd’hui.
Oui, ce n’est pas hélas, le même peuple, la même mentalité ouvrière, le
même profil d’entrepreneurs et les mêmes dirigeants.
La « révolution » n’a rien modifié sur ce plan!
Enfin, nos médias gagneraient à abandonner la recherche du buzz à des
fins de renflouement de leur trésorerie et se concentrer sur les
véritables problèmes du pays et de sa renaissance.
L’Etat devrait les aider financièrement pourvu que le secteur entame
une action de formation de ses journalistes et s’en tienne, vis-à-vis du
public, à une charte déontologique qui respecte, dans les faits, le droit à une
information libre, vraie, courageuse et puisée à la source et relève le
niveau des débats et donc des animateurs et des intervenants dans plus d’un
cas.
Oui, ce pays est difficilement gouvernable.
Ni ce régime parlementaire qui a été imposé, ni ses acteurs politiques et
médiatiques, ni sa justice n’ont été au rendez-vous de l’histoire.
Combien avons-nous encore de temps pour remettre les pendules à l’heure, dans un dernier sursaut de patriotisme, avant que les flots n’engloutissent la barque et ses occupants ?
Combien avons-nous encore de temps pour remettre les pendules à l’heure, dans un dernier sursaut de patriotisme, avant que les flots n’engloutissent la barque et ses occupants ?
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