11 /01/2016
Article publié dans Leaders.com.tn
J’ai cru à l’explication que
nous a donnée BCE à propos de son rapprochement avec Ennahdha au vu des
résultats des élections qui bien que lui étant favorables, ne lui ont pas
permis, néanmoins, d’avoir une majorité confortable à l’ARP, nécessaire à ses
yeux pour diriger seul le pays.
Les événements qui se sont
succédé viennent d’aboutir à une scission effective au sein de Nidaa qui serait
couronnée par la création d’un nouveau parti le 2 mars prochain.
J’ai pensé qu’il s’agissait
d’une course au Pouvoir et d’égos démesurés entre le clan Marzouk et celui de
HCE et qui pouvait être résolue par la pression morale de BCE.
Mais est-ce de cela qu’il
s’agit?
Certes, la pression morale de
BCE est enfin intervenue mais a favorisé, à ma grande surprise, un clan au
détriment de l’autre rien qu’à voir la composition et le choix du président de
la commission des 13 et la désignation des nouveaux dirigeants de Nidaa
annoncée aujourd’hui.
Le Congrès «consensuel» de
Sousse a fait émerger HCE comme secrétaire national, chargé de la direction
exécutive. Mohamed Ennaceur, Lazhar Karoui Chebbi et Baccouche ont été écartés.
La voie est ainsi balisée pour
HCE pour la Présidence du parti, voire la Présidence du pays.
Mais, est-ce la volonté
réelle de BCE de confier à son fils les destinées du parti qu’il a crée
avec quelques uns d’autres ou tient-il à réaliser, grâce à l’appui indéfectible
de son fils un autre dessein?
N’a-t-il pas dit, un jour, que
Nidaa, en dehors de lui, ne contient pas de grosses pointures?
L’observateur le moins averti,
relève que les déclarations d’Ennahdha ne sont plus ce qu’elles étaient après
le recours à la politique du consensus.
Il est parfois difficile
de trouver des différences entre les déclarations et les positions des
responsables d’Ennahdha et ceux de Nidaa. Il y a une certaine
symbiose qui saute aux yeux, à ce niveau.
Ennahdha va jusqu’à réserver
des surprises au niveau des décisions de son prochain Congrès.
Certains s’attendent même à ce
qu’Ennahdha décidera de trancher le cordon ombilical en séparant le politique
du religieux, pomme de discorde entre ceux qui ont voté pour Nidaa et la
pratique d’Ennahdha lorsqu’elle était au Pouvoir.
C’est le modèle social défendu
par Ennahdha qui a motivé plus d’un d’entre nous, et surtout les femmes, à
voter Nidaa et BCE.
L’accueil chaleureux réservé
au Cheikh par les congressistes ce 9 janvier et la qualification de
son parti et de celui de Nida d’être « les deux ailes d’un oiseau » ce qui a
irrité Affek et UPL et en vérité tout démocrate, me pousse à conclure qu’un
accord écrit ou verbal aurait en fait été conclu entre BCE et Ennahdha à Paris
en 2013 et que BCE serait tenu de respecter et de le faire respecter durant son
mandat.
Seul son fils pourrait le
faire car personne d’autre ne pourrait emporter sa confiance. Ajouter à
cela que HCE est cautionné par Ennahdha, voire Erdogan.
Ce n’est pas en fait la
volonté de léguer à son fils un héritage politique, mais plutôt une obligation
politique qu’il aurait prise et qu’il y a lieu de respecter, coûte que coûte,
sous peine de perdre sa crédibilité.
Les USA, dans une réaction à
chaud, ont retiré leur appui politique, financier et militaire à l’Egypte au
lendemain de la prise du Pouvoir par Sissi se démasquant ainsi en révélant leur
appui aux partis islamistes.
Rappelez-vous aussi que leur
Président Obama a été vivement intéressé par l’idée de BCE de soutenir
que la démocratie peut coexister avec l’Islam. Obama a même voulu en
savoir plus en se rapprochant du siège de BCE à Washington.
Il n’y a qu’un pas pour penser
que les USA ont appuyé, pour ne pas dire conditionné, leur aide à une
participation d’Ennahdha au Pouvoir.
Par conséquent, la scission de
Nidaa ne peut s’expliquer, essentiellement, que par la
divergence sur la participation ou non d’Ennahdha au Pouvoir.
En vérité,cette grave crise,
loin d’être un «nuage passager», ne concerne pas seulement les adhérents à
Nidaa et à Ennahdha, mais tout le peuple tunisien.
Le respect qu’on doit à ce
peuple justifie que l’accord qui serait conclu entre les deux « vieux »
soit publié, in extenso, pour que ce peuple sache ce qui l’attend dans les
années à venir et, en particulier, les lignes rouges que les deux vieux se sont
engagés à ne pas franchir.
A cet égard, l’affaire de la
mosquée Sidi Lakhmi et la désignation des Imams n’a-t-elle pas montré les
lignes rouges à ne pas franchir?
Si politiquement, et pour
l’essentiel, Nidaa et Ennahdha, après son Congrès, ne formeront plus, en fait,
qu’un seul parti, il y a là une négation de la démocratie et un retour en fait
à un parti unique déguisé.
Une élection n’a plus de sens
entre deux partis qui ne forment en fait qu’un. D’ailleurs, n’a-t-on pas pensé
à des élections municipales avec des listes communes?
Ceci a pour corollaire la
nécessité de l’émergence d’une force politique crédible nouvelle pour faire
contrepoids à ce conglomérat.
Personnellement, Je compte sur
les femmes et les jeunes pourvu qu’on les motive pour qu’ils s’inscrivent aux
élections et dans certains hommes politiques qui ne se sont pas
encore" mouillés", sinon je ferais mes adieux à la démocratie.
Cet accord de Paris est en
outre fragile et périlleux car il ne dépend que de la volonté de deux
personnalités politiques âgées.
Pour devenir pérenne, cet
accord a besoin, non pas des résultats des dernières élections qui n’ont pas en
fait départagé les deux partis, mais d’un appui ou d’un rejet populaire net qui
ne peut être obtenu que par voie référendaire.
Le peuple tunisien est mûr
dans son écrasante majorité et ne peut accepter d’être le témoin d’un accord
qui se serait fait à son insu avec toutes ses conséquences.
Je cherche à comprendre, par
exemple, pourquoi mon pays à adhéré à l’accord de lutte contre le terrorisme,
initié par l’Arabie saoudite et comprenant exclusivement des pays sunnites
mais d’où l’Algérie est paradoxalement absente avec laquelle nous avons
pourtant 2000 km de frontières et un ennemi commun!
La confiance ne peut être
rétablie dans BCE et dans son équipe que si les détails de l’accord étaient
publiés.
Et au peuple tunisien
d’accepter ou de rejeter cet accord par référendum.
Pour l’instant, je ne puis
donner mon appui à Mohsen Marzouk qui se propose de créer un nouveau parti tant
qu’il n’aura pas fait de mise au point concernant les graves accusations
portées à son encontre, successivement , par HCE, Ons Hattab et Baccouche.
Pour une fois, que les
politiques manifestent un peu plus de respect pour un peuple qui pourrait
accepter certaines contraintes pourvu qu’on adopte la transparence et le
langage de la vérité.
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