samedi 14 juillet 2012



2012-07-09

Par Mokhtar El Khlifi
  
       
je n’adhère pas à votre parti, mais je vous respecte pour deux raisons. La première est d’avoir fait évoluer votre parti vers ce qu’est Ennahdha aujourd’hui, un parti de masse, bien organisé et bien structuré et dont l’idéologie n’est plus celle que le peuple tunisien a connue dans les années qui vous ont valu les mesures de répression et les dures années d’exil.
 La seconde raison réside dans votre intelligence et votre pragmatisme politique qui ont fait que vous avez enfin accepté la reconduction de l’article premier de la Constitution de 1959 et avez opéré  la volte face  historique et courageuse que vous avez faite suite aux évènements d’El Abdelia en revenant sur votre décision, prise publiquement, de manifester, évitant ainsi au pays  un bain de sang.

Vous auriez qualifié le Gouverneur  de la BCT « d’empereur » traduisant le peu d’estime dans lequel vous tenez ce dernier. Ce sentiment a été renouvelé, le 6 juillet sur la 2 lorsque vous avez affirmé maladroitement  que le Gouverneur de la Banque Centrale n’est pas également  irremplaçable, traduisant votre méconnaissance de l’homme et  surtout de l’Institution dont il a pris la lourde charge. En dépit de tout cela, je vous demande d’administrer, encore une fois, la preuve du sens de la  responsabilité politique en revenant sur votre décision de révoquer injustement le Gouverneur, ou au moins, en demandant à vos troupes de ne pas voter en bloc comme d’habitude, mais de le faire librement, en leur âme et conscience lorsque votre projet de révocation sera examiné prochainement par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC).

L’ANC, surtout après la conférence qu’a tenue Monsieur le Gouverneur ce Vendredi,  devra faire face également à ses responsabilités. Elle devra d’emblée définir les critères de révocation d’un Gouverneur qui est loin d’être un simple fonctionnaire. En effet, un Gouverneur ne pourra être révoqué de ses fonctions que dans des cas limitativement énumérés telles que  l’incompétence, la faute professionnelle lourde, la corruption, la maladie…motifs qui devront obligatoirement figurer dans la prochaine constitution.

 En l’absence de ces griefs, l’ANC doit refuser de révoquer le Gouverneur. Si par malheur des députés votent, par esprit partisan, pour la révocation, en dépit de l’absence de reproches objectifs à faire au Gouverneur, ils devront en assumer toutes les conséquences vis-à-vis de l’opinion publique. Il n’est pas exclu que le gouvernement issu des « prochaines élections » pourrait, à juste titre, leur demander des comptes. On ne peut, en effet, condamner impunément un responsable qui n’a rien à se reprocher et ce dans un Etat de droit qui sanctionne tout excès de pouvoir.

Ne perdons pas de vue que lorsqu’il y va de l’intérêt national et en l’absence de motif réel de révocation, il est toujours possible d’engager les bons offices des uns ou des autres pour provoquer une rencontre entre vous, Monsieur le Président de la République et  Monsieur le Gouverneur pour dissiper tout malentendu et tourner la page.
Le pays a besoin de personnalités qui ont fait leur preuve sur le plan professionnel et  dont l’intégrité et le patriotisme ne peut être contesté, de la trempe de si Nabli. Notre pays qui aspire à plus de stabilité et de continuité vous en sera reconnaissant. Puisse Dieu éclairer votre lanterne !

lundi 25 juin 2012

Egypte

La cour constitutionnelle  a contrôlé le déroulement du décompte des voix et a relevé plus d’une infraction. Mais jugeant qu’elles n’avaient pas un impact sérieux sur le résultat final, elle a déclaré Moursi  Président de l’Egypte élu démocratiquement avec  51,7%  des voix dépassant son concurrent  Chafik de 882 751 voix seulement !
Cette élection appelle les observations suivantes :
1)    On peut être musulman avec un tampon au front et commettre des fraudes électorales ce qui est contraire à l’islam,
2)    La moitié de la population égyptienne (environ 26 millions pour une base électorale d’environ 50 millions) n’est pas allée voter, ce qui est très grave car il porte atteinte à la légitimité du Président élu,
3)    L’écart entre les deux candidats est infime, ce qui pose un sérieux problème pour la conduite des affaires du pays.
4)    La cour Constitutionnelle égyptienne impose le respect. Elle a fait un travail énorme en redressant les anomalies à quelques voix prés. Un exemple à suivre.
Si le Président élu a vraiment à cœur l’intérêt de l’Egypte et non le Pouvoir, il devra peser de tout son poids pour former un Gouvernement d’Union nationale. Il devra tenir compte de l’erreur tunisienne. Un parti vainqueur avec une légitimité relative qui a mis la main sur tous les postes clés, raison pour laquelle il rencontre des difficultés faute d’une adhésion de l’ensemble de la société. Leçon à méditer !

samedi 9 juin 2012


Soutien à l’indépendance de la Banque Centrale
J’ai suivi l’émission télévisée de jeudi soir, sur Hannibal TV, ayant pour invité son Excellence, monsieur le Président de la République.
Le discours  fait de généralités m’a déçu. Il semble qu’il ait voulu s’adresser à une catégorie particulière de la population sensible à un discours « populiste » pour obtenir leurs voix. C’est mon impression.
 Deux faits ont retenu particulièrement mon attention, le refus de la gouvernante qui a refusé, à juste titre, de livrer certains secrets du Palais et surtout la position du Président à l’égard de la Banque Centrale et de son Gouverneur manifestée de surcroit avec colère.
C’est surprenant de la part d’un Président qui se respecte de sortir de ses gonds et de traiter de la sorte et en public  une Institution honorable et la personnalité qui la dirige d’une main de maitre depuis une période relativement courte. J’ai  douté un instant qu’il s’agissait bel et bien d’un Président de la République.
 J’ai appris ce matin par un quotidien  que Monsieur le Gouverneur avait sollicité une entrevue avec le Président depuis quelque temps. Curieusement, le Gouverneur attend toujours. Je pense que ce n’est pas ainsi qu’un Président est sensé dirigé un pays. C’est du jamais vu.
 Que reproche-t-il  en fait à ce technocrate connu par ses pairs, ses collaborateurs et les instances internationales pour être compétent sans oublier son intégrité, sa probité, son indépendance d’esprit et son amour pour servir son pays.
 Je ne vois que l’effet des commérages  tombés dans l’ouïe d’un Président qui ne connait rien en économie et encore moins, en banques et en politique monétaire. Il se pourrait aussi que  quelqu’un voudrait sa place en contrepartie d’une promesse de dompter la BCT et d’actionner la planche à billets.
Je demande à Monsieur le Gouverneur de tenir bon car la société civile et les médias le soutiendront dans son combat pour l’indépendance de la Banque Centrale.
Je demande à tous les agents de la BCT, y compris les retraités, de soutenir, dans le calme et le respect des institutions de la République, cet homme dans son combat noble.
Je demande à son Excellence, Monsieur le Président de la République, d’avoir la sagesse de donner suite à la demande d’audience de Monsieur le Gouverneur pour une mise au point et la levée des malentendus préjudiciables à l’intérêt national.
Je demande à Monsieur le Président de l’ANC d’autoriser la transmission  en directe de l’interpellation de Monsieur le Gouverneur devant la commission de la planification, des finances et du développement prévue pour le 19 juin 2012 pour que le citoyen suive les questions et les réponses aux questions techniques qui intéressent tout le peuple.
A la Banque Centrale, je dis qu’elle doit faire plus d’effort de communication et participer, à l’instar des Départements ministériels, aux séances hebdomadaires de communication tenues au Premier Ministère.
Au cas où, Monsieur le Gouverneur démissionnerait ou serait, injustement révoqué, je demande à celui qui aurait le courage d’accepter de prendre la relève (il y en aura qui aspireront à ce poste sans en avoir le profil et l’expérience) de faire le serment de défendre l’indépendance de la BCT  et je souhaite que ce ne soit pas un vœu pieux.
Je demeure convaincu que ce Gouverneur qui vient d’être nommé n’est pas à l’origine des problèmes que vit le secteur bancaire et financier et que la Banque Centrale s’est engagée depuis belle lurette à l’assainir et à le restructurer tout en continuant sa mission de financer indirectement l’économie et à maitriser une inflation dont l’origine n’est pas d’ordre monétaire.

mardi 22 mai 2012



2012-05-22
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Par Mokhtar El Khlifi
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La rencontre  des salafistes à Kairouan, venus en grand nombre, ce dimanche 20 mai 2012, est vraiment historique pour celui qui a des yeux pour voir.

C’est un événement qui montre que les salafistes ont atteint un degré élevé d’organisation,  ont affiné leurs programmes et défini leur stratégie en vue de remodeler la société tunisienne à petit pas et le moment venu par la force comme le montre cette entrée en matière avec une exposition d’arts martiaux.

 Le choix de Kairouan construite par Okba ibn Nafaa est hautement significatif. Le fanion noir au sommet du minaret en dit long. C’est en somme un appel à une « réislamisation » du pays.

 Malheureusement la réaction des médias n’a pas été à la hauteur de l’événement, occupés qu’ils étaient à régler leurs problèmes avec le pouvoir.

Les défenseurs d’un islam « modéré » continuent à être frappés d’un mutisme assourdissant.

Quant aux partis politiques, dits centristes et progressistes, ils continuent à  replâtrer leurs fissures et à préparer en coulisses des élections aux résultats hypothétiques tant qu’elles auront pour principal objet l’accès au pouvoir et non l’intérêt de ce peuple qui cherche encore quelqu’un pour le conduire vers le salut. En effet, je ne vois aucun programme politique et économique crédible de rechange susceptible d’être appliqué demain si ces politiques parvenaient au pouvoir alors que le pays foisonne de compétences indépendantes.

Le risque salafiste est profond et vise en premier lieu cette jeunesse inculte et attirée par la vie à l’occidentale qui fait d’elle une jeunesse déracinée mais fragile car pouvant basculée facilement dans l’irréparable.

Dois-je égrener les dérapages salafistes ? remplacement du drapeau national par ce fanion aux couleurs lugubres, empêchement des citoyens à manifester, attaque des médias, conquête progressive des mosquées et prêches partisans, retour à un enseignement zeitounien d’un autre âge, visite de prédicateurs étrangers extrémistes, négation de nos acquis politiques et économiques et dénigrement des personnalités politiques sans discernement, atteinte dans la rue aux libertés des femmes, interdiction de la vente de boissons alcoolisées à Sidi Bouzid, empêchement de Monsieur Youssef Essedik à faire  ou à participer à des conférences (Kélibia, Ezzitouna ), création d’associations pour un enseignement religieux prodigué à nos enfants avec les garçons et les filles à part et j’en passe.
 Triste tableau qui vous rend malade mais qui vous conforte dans l’idée que ce n’est pas une mode passagère mais la mise en place d’un programme de transformation de notre société !

Je ne compte nullement sur le pouvoir en place pour redresser la barre vu sa mollesse qui dénote son accord tacite à ce mouvement rampant.

Je m’adresse à nos intellectuels et à ceux qui sont disposés à souscrire financièrement  pour unir leurs efforts en vue  de lancer,  le plus tôt possible, une chaine de télévision indépendante installée en Tunisie ou ailleurs pour contrecarrer le phénomène salafistejihadiste. L’Europe pourrait être intéressée par le lancement de cette chaine satellitaire.

Ses programmes arrêtés par un comité rédactionnel indépendant comprendra des personnalités connues pour leur compétence, leur ouverture d’esprit et leur enracinement dans la culture arabo musulmane et leur combat contre toute forme d’extrémisme religieux et de prosélytisme rétrograde.

Cette antenne s’adressera particulièrement à notre jeunesse tunisienne et maghrébine locale et expatriée grâce à des débats d’idées basés sur  des faits et des textes et auxquels  seront appelés à y participer les salafistes extrémistes pour mettre à nu leurs idéologies ce qui permettra au spectateur, surtout jeune, de choisir sa voie en toute liberté.

Cette chaine devra servir de repère à nos jeunes et même à leurs parents pour éviter qu’on les embrigade à coup d’arguments qui ne tiennent pas la route. Elle projettera les documentaires sur la civilisation arabo musulmane et les raisons de sa décadence. Elle servira de rempart au risque salafistejihadiste et pourrait même participer à sa reconversion pacifique.

C’est là une bouteille que je jette à la mer.

dimanche 29 avril 2012


Appel

Tunis le 28 Avril 2012
Voilà un  citoyen tunisien sans appartenance politique, d’habitude optimiste, mais qui ne l’est plus face à la réalité qu’il vit. Il  est de plus en plus certain que les jours à venir lui réservent des surprises désagréables et que ce qu’il constate aujourd’hui, n’est en réalité que la partie apparente de l’iceberg.
Je ne pense pas qu’il soit le seul à avoir ce pressentiment que son pays court un véritable danger. L’heure n’est plus donc aux jérémiades mais à l’action conjuguée de tous et de toutes sans exception.
Cet appel s’adresse d’une part, au chef du parti Ennahdha qui détient véritablement le pouvoir de décision et au Gouvernement de la Troïka et d’autre part, à l’opposition dans toutes ses composantes y compris, la société civile.
Aux premiers, je dis qu’il faut avoir moins de prétention, moins d’orgueil et plus de pragmatisme politique pour ne plus vous permettre de faire  unilatéralement ce que bon vous semble au nom d’une légitimité, en fait relative, et de tendre l’oreille et la main à tous ceux et à toutes celles qui vous critiquent. Libérez-vous de l’idée que tout ce qu’ils vous proposent est à mettre à leur actif et les habiliterait à prendre votre place aux prochaines élections. Levez courageusement les ambiguïtés qui entachent votre action et laissent planer le doute sur ce que vous voulez réellement économiquement. Définissez clairement le modèle de société que vous préconisez et ajustez votre parole à l’action. Soyez convaincus, une fois pour toutes, que les problèmes que traversent le pays sont multiples, variés, complexes et énormes et que le Gouvernement seul, sans un large appui populaire qui dépasse la base qui vous a légitimé,  ne parviendra pas à les résoudre! Votre loi de Finances complémentaire a essayé de satisfaire  imparfaitement tout le monde sans s’attaquer aux racines du mal et sans provoquer de revirement salutaire pouvant donner un signal clair tant aux investisseurs locaux et étrangers  encore dans l’expectative qu’à ceux qui sont en attente d’un emploi et qui ne tarderont pas à réagir négativement comme ils l’ont fait pour le programme « amal » qui n’était qu’un palliatif.
Aux seconds, je dis qu’il est temps de vous réunir autour d’une table et de déterminer à la fois un programme économique quinquennal   et les mesures urgentes qu’il y a lieu de prendre en 2012 , sur le plan politique et économique. Ce programme existe. Ces mesures existent. Elles sont sur le papier entre les mains des experts. Faites appel à eux et laissez de côté les orientations idéologiques qui pourraient retarder la mise au point définitive de ce programme. Rédigez-le. Publiez-le. Donnez-lui la publicité nécessaire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Parvenez à convaincre le Gouvernement qu’il y a une solution de rechange meilleure qui a le soutien du peuple. Aidez ce Gouvernement à dépasser ses craintes et son inertie et invitez-le à le concrétiser avec les compétences nécessaires.
Le pays vous en sera à tous très, très reconnaissant. Sauvez-le !
Si vous ne le faites pas, et je m’adresse particulièrement aux partis politiques, aux groupes  et aux personnalités agissantes, vous êtes des irresponsables politiques et l’histoire vous condamnera sévèrement pour votre courte vue, votre égoïsme et votre patriotisme de façade.
Et si le peuple  aura la sagesse de ne pas se révolter une seconde fois, il boudera les prochaines élections si elles parviendraient à être tenues.

Et pour commencer, il y a en vue,  un premier mai à fêter .Organisez-vous, préparez vos slogans dont devraient être bannis toutes les formes d’extrémismes et les attaques contre le gouvernement en place et comptez surtout sur vous-mêmes pour assurer la protection des manifestants !

A bon entendeur salut.

mercredi 28 mars 2012

Soulagement



Je suis parmi ceux qui ont poussé un grand soupir de soulagement lorsqu’Ennahdha a décidé de s’en tenir à la reconduction de l’article Un de la Constitution de 1959 écartant ainsi le souhait de certains d’inclure la « chariaa » comme source essentielle, voire unique du Droit dans notre pays.
Un obstacle majeur sur la voie de la rédaction de la nouvelle constitution a été ainsi écarté. Quoique n’appartenant pas à Ennahdha, je tiens à exprimer ma reconnaissance à ce grand parti d’avoir pris cette position courageuse frappée du sceau du  pragmatisme et de la responsabilité politique.
Qui a amené Ennahdha, dans sa majorité, à  lever enfin l’ambiguïté qu’a ressentie plus d’un d’entre nous sur notre modèle de société ?
D’abord, Ennahdha a voulu rester fidèle à ses engagements politiques. Elle n’a jamais fait figurer la « chariaa » dans son programme politique. C’est là un signe précurseur qu’Ennahdha continuera à respecter ses engagements dont celui de la tenue des prochaines élections dans un an.
Le second facteur qui a pesé lourd dans la décision, murement réfléchie d’Ennahdha, est le fait que ce grand parti a su tenir compte de la position des personnalités qui ont donné leur avis, sur les grandes lignes de la constitution, aux commissions de  l’ANC.
Le troisième facteur est la position ferme et spontanée adoptée par la société civile qui s’est exprimée le 20 mars 2012. Ennahdha, en observateur politique de la réalité tunisienne, a compris que si la «chariaa » devait figurer dans la constitution, par voie de vote, cela consacrera la division du pays avec toutes les conséquences qui en découlent.
La solidarité qui s’est manifestée autour de la défense de l’emblème national a montré que les tunisiens sont un seul peuple et que sur ce drapeau, figurent une étoile qui rappelle les cinq règles que doivent observer les musulmans.
Le quatrième facteur, et non des moindres, est la crainte que le faux problème de la « chariaa » ne sonne le glas pour la « troika » car certains se sont prononcés contre le projet d’inclusion de la « chariaa » dans la constitution. Pourquoi l’inclure alors que notre code des obligations et des contrats, notre code des droits réels  et notre jurisprudence respectent depuis  cinquante ans les principes islamiques ?
 Je pense que le péril salafiste, dans sa branche extrémiste, a monté les risques que pourrait recouvrer cette « chariaa »  si elle était adoptée (excision, houdoud etc).
Enfin, un facteur extérieur a joué un rôle majeur comme l’ont montré les déclarations de la Chancelière allemande et le Président italien qui ont tenu à ce que la Tunisie s’engage sur le sentier de la démocratie.
Ennahdha a montré qu’elle est traversée par divers courants, car sa décision a été prise à la majorité des voix ce qui montre que ce parti applique la démocratie en son sein comme l’a fait le Destour à ses débuts.
L’ensemble de ces facteurs ont concouru à la décision sage prise par le plus important de nos partis. C’est réjouissant et encore une fois mes félicitations !
Le risque est que, dans la rue, Ennahdha ne parviendra pas à maitriser ses partisans qui soutiennent ceux qui ont voté contre cette décision ou se sont abstenus.
Sur ce point nous devons l’aider face au péril salafiste extrémiste. Poussons là à ne plus inviter les prédicateurs étrangers de tous bords qui viennent nous « islamiser ». 
Demandons aussi à ceux qui sont partisans d’une liberté absolue de définir eux-mêmes les limites morales et éthiques à ne pas transgresser pour demeurer dans la philosophie de l’article un de la constitution de 1959.
Que les médias ressortent les actions positives de la « Troika » sans s’abstenir de la critiquer si elle commet des erreurs.
Exiger, par exemple, aujourd’hui que la femme ait les mêmes droits en matière d’héritage que l’homme ce serait une erreur grossière, ou encore moins, le droit de choisir librement un partenaire de même sexe car ce serait ignorer le caractère majoritairement islamique de la société tunisienne. Nous ne faisons pas partie de l’Occident dont nous partageons plus d’une valeur mais nous avons notre identité.


mercredi 26 octobre 2011

Lettre ouverte à nos élus



Les urnes ont dévoilé leur contenu. La grande majorité des tunisiens ont voté massivement pour le parti islamiste Ennahdha. Trois  partis historiques ont pu obtenir la faveur de l’électeur mais avec beaucoup moins de suffrages, le CPR, Ettakatol, et avec un score encore limité, le PDP. Deux nouvelles formations ont pu émerger du lot à savoir, Elarrridha de l’expatrié Mohamed Hamdi qui dispose de la chaine Elmoustakila et Elmoubadara de Kamel Morjéne implanté surtout au Sahel.
Bien que n’appartenant à aucun parti et ayant  voté PDP, je ne peux que féliciter Ennahdha pour cette déferlante électorale bien qu’entachée de certaines  irrégularités, parfois très graves,  qui ne peuvent cependant mettre en doute son succès. Tout citoyen doit l’aider dans son action car elle n’a pas d’expérience en matière de gestion de l’Etat. C’est un devoir national
Pourquoi Ennahdha a réussi un tel  score?
La grande question est de savoir pourquoi Ennahdha a réussi un tel score et pourquoi les partis anciens ont obtenu des scores moindres ou ont été laminés comme les listes indépendantes fort nombreuses et parfois ne reflétant aucun sérieux dans leurs programmes (tunnel entre la Tunisie et l’Italie).
La surprise de cette élection est l’émergence  d’Elariadha dont l’initiateur est originaire de la région de Sidi Bouzid. Il a pu obtenir des sièges, un peu partout dans le pays, en raison de ses propositions qui promettent notamment la gratuité de la santé à tous au vu de la carte d’identité, une allocation chômage et le transport gratuit pour les vieux. Il a fait sa campagne depuis Londres et il a pu devancer Ennahdha à Sidi Bouzid, sa ville d’origine. En ciblant les préoccupations du citoyen démuni et avec un matraquage médiatique Elaridha a été plus performante que les vieux partis.
Pour Ennahdha, à mon humble avis, il y a de nombreux facteurs qui pourraient expliquer le raz de marée inquiétant de ce parti.
D’abord, ce parti a su jouer sur la fibre religieuse en se présentant comme le rempart efficace contre les attaques des partis qui défendent la « laïcité ». Ces derniers aidés par la société civile et certains médias   ont axé leur campagne sur le choix de société et se sont hasardés à présenter, au nom de la liberté  absolue d’expression, des films qui touchent au sacré. Plus d’un citoyen Nahdhaoui  ou non s’est senti menacé dans l’un  des éléments fondamentaux de son identité. Dans ce cadre, les femmes démocrates ont osé réclamer bruyamment l’égalité dans l’héritage alors que les textes coraniques ne le permettent pas et  sans que  cette revendication intempestive ne constitue un véritable besoin  et peut être, par ailleurs, satisfaite, sans recourir à la loi. C’était donc un acte manifestement provocateur.
 Alors que les partis discutaient de problèmes n’entrant pas dans les préoccupations du quotidien, Ennahdha continuait de tisser sa toile en multipliant ses actions bienfaitrices de proximité qui mettaient un baume sur des blessures ouvertes depuis l’indépendance. Ainsi, Ennahdha,  bien implantée dans les banlieues pauvres, a aidé financièrement  bien des familles nécessiteuses, et a pu même  aider leurs enfants à se circonscrire et même se marier.
Les partis ont eu la maladresse politique de traiter ces actions de démagogiques alors qu’elles entraient dans le cadre d’un islam solidaire. Ennahdha s’est inspiré intelligemment du Hamas et du Hezbollah ! L’argent ne manquait pas pourtant de l’autre côté comme le traduisaient les meetings politiques à l’américaine de certains vieux partis et leurs affiches publicitaires insolentes.
Les partis ont présenté  Ennahdha  comme un parti  pouvant ramener le pays à des années en arrière en appliquant la Chariaa et en revenant sur les acquis. Elle a pu réfuter cet argumentaire en faisant du porte à porte à l’occasion de ses actions bienfaitrices. Par ailleurs, il n’est pas exclu qu’Ennahdha ait pu mobiliser la rue en recourant aux « salafistes » pour manifester contre certains films.Mais, seules les autorités publiques seraient en mesure de le prouver.
Certains, comme l’éminent historien Monsieur Mohamed Taalbi qualifie le premier responsable d’Ennahdha de  « Salafiste » et il n’y a qu’un pas pour dire qu’ils   sont descendus dans la rue sous son instigation lorsque le sacré a  été profané et se sont abstenus curieusement de le  faire lors des élections alors que pour certains « salafistes »  les élections sont contraires à la religion. Si cela est inexact, il appartient à ce mouvement de se démarquer nettement des « salafistes ». 
Ennahdha a pu aussi gagner haut la main ces élections parce que c’est un parti qui a payé un lourd tribut et a acquis une organisation dans la clandestinité et ses troupes sont disciplinées. Il a pu les placer un peu partout, particulièrement dans les mosquées et même au moment du déroulement du scrutin pour continuer à exercer une pression morale sur les électeurs surtout analphabètes et il y en a. Après cinquante-cinq d’indépendance, nous avons  constaté que nous avons encore des analphabètes et c’est déplorable  !
Un autre facteur capital est l'appel d'Ennahdha à un retour aux valeurs morales dans une société qui a perdu son échelle de valeurs bien qu'étant  d'essence arabo musulmane.La corruption,le vol,le mensonge,les passes droits,l'inobservation des règles déontologiques, le recours de la jeunesse aux fausses copies à l'école et à la fac,le recours aux stupéfiants, sont des maux qui rongent notre société et auxquels nous nous habituons de plus en plus.
Ajoutons un autre facteur, non moins important, qui a joué en faveur d’Ennahdha. C’est l’état  de notre société que viennent de révéler   ces élections. Malgré les progrès réalisés par la généralisation de l’enseignement, il y a réellement un large déficit culturel qui explique, en partie, le déracinement  d’une fraction de la société, dite « laïque », et particulièrement des jeunes, qui croit bien faire en rejoignant aveuglément l’occident.Il y a aussi,  une  large couche de la société qui traine à se mettre au diapason des évolutions nécessaires et se réfugie dans une certaine lecture de l’Islam. Car comment expliquer qu’un citoyen soit facilement convaincu de voter pour Ennahdha si on lui dit qu’elle est plus proche de Dieu que le reste des partis !En effet, le raz de marée s’explique par le raisonnement simpliste qu’en dehors d’Ennahdha il n’y point de salut  ! Bien du pain sur la planche !
Enfin un dernier facteur. La campagne électorale n’a pas donné lieu, sur les médias, à un véritable débat d’idées et de programmes entre les    tenants des deux choix de société. Cependant, des tentatives de dernière minute ont été faites par certaines radios et certains ont refusé cette confrontation.
En conclusion
C’est donc une conjonction de facteurs qui pourraient expliquer la réussite fulgurante de la campagne d’Ennahdha, à savoir, la défense d’un Islam qui s’est senti menacé, à tort ou  à raison, sur ses propres terres, la défense des valeurs islamiques,sa politique de proximité qui cadre avec la solidarité islamique, le tribut payé dans les geôles et l’exil, son organisation redoutable, le déficit médiatique du à l’organisation de la campagne en raison du trop grand nombre de partis  et enfin le retard manifeste d’une grande partie de la société tunisienne. Telles sont les raisons, à mon humble avis, qui ont fait qu’Ennahdha a gagné la bataille.
Après les élections, que faire?
Aux partis perdants de faire une analyse serrée des résultats du scrutin et de procéder aux révisions nécessaires. Parmi les décisions qui devraient être prises courageusement, figurent l’abandon de l’arène politique, pour certains et la réalisation pour d’autres, de certains regroupements de la gauche progressiste démocrate,  sur des bases solides. Il va sans dire que les cadres  des partis doivent être rajeunis.
La seconde question est de savoir ce que le citoyen  tunisien est en droit d’attendre particulièrement d’Ennahdha et ses alliés une fois à l’Assemblée Nationale Constituante ?
 D’après son programme politique, le lecteur arrive à la conclusion que le régime "parlementaire" qu’elle a choisi lui permettra de concentrer le pouvoir entre ses mains puisqu’elle nommera aussi bien le Président de l’Assemblée , que le Président de la République, le Premier Ministre,  et le Président du Conseil Constitutionnel  et que sais-je encore ? En filigrane se profile une dictature. Comme le citoyen  qui a voté pour Ennahdha ne l’a pas certainement fait pour son programme, ce parti  qui a, enfin, la légitimité, doit l’adapter  en tenant compte de la position des autres partis à l’intérieur et à l’extérieur de l’Assemblée et ce dans l’intérêt du pays.
Le projet de texte constitutionnel doit recueillir ensuite l’assentiment de la grande majorité des tunisiens qui devront le discuter au sein de commissions locales et régionales parrainées par des experts qui devront présenter le pour et le contre de chaque proposition.
A cet égard, le recours au référendum est un non-sens car on ne peut demander à tout un peuple de répondre par un oui ou un non à un texte d’au moins quatre vingt articles.
La seconde attente et la plus urgente est celle de nos choix économiques. Un signal clair doit être adressé à l’investisseur local et étranger.
Le pragmatisme politique qui manque curieusement à Messieurs Laaridh et Marzougui (Emission sur la TV nationale le 25 octobre ) et qui n’augure rien de réconfortant puisque l’un d’eux parle « d’audit et de truquage des chiffres » est de se pencher, sans tarder, sur le programme économique (2012/2016) et financier du Gouvernement  sortant   en s’aidant des experts qui l’ont façonné et d’autres qui ont souhaité lui apporter certains aménagements tel que Monsieur  Chedli Ayari. L’assemblée Nationale Constituante   discutera ce projet aménagé et l’approuvera. Mieux que des professions de foi, l’adoption de ce projet par la Constituante est de nature à lever les réticences des uns et des autres et à  libérer les énergies nécessaires à la relance, combien nécessaire, de l’économie.
Dans ces conditions et vu que le cadre est balisé, la nomination d’un Gouvernement (union nationale ,technocrate ou autre) n’a pas une grande importance pourvu que l’Assemblée arrive à faire le choix sur la personne idoine à savoir une personnalité intègre qui a une formation économique doublée d’un politique. Il devra  choisir son équipe et  rendre des comptes à l’Assemblée.
Il faut qu’Ennahdha sache que sans relance il n’y aura pas d’emplois et la politique facile de distribution d’argent sans être accompagnée par la production de biens  et de services,  a une limite. La Caisse Générale de compensation est actuellement un véritable gouffre.
L’idée de Monsieur Marzougui d’ouvrir des ateliers régionaux pour arrêter les stratégies à suivre, dans les divers domaines  de l’économie, de l’éducation, de  la santé, de la culture etc (pourvu qu’elles se fassent sur la base d’avant projets préparés par l’Administration qui a les chiffres et les compétences pour le faire) est excellente mais elle ne devra pas entraver l’action gouvernementale.
Encore une fois mes félicitations aux élus et retroussons nos manches, le bout du tunnel est encore loin !