Il faut avoir le courage et l’honnêteté
intellectuelle de féliciter ses adversaires politiques lorsqu’ils prennent des
décisions dans l’intérêt du pays.
Ennahdha vient de prendre encore une
décision qui l’honore suite à la réunion de son «Majliss Echoura».
Elle revient sur sa proposition initiale
de soutenir une personnalité bien déterminée et de laisser à ses adhérents la
liberté de choisir le candidat à la présidentielle qui réponde le mieux aux
objectifs de la «révolution».
Comme Ennahdha est traversée par
plusieurs courants contradictoires, il est attendu que les votes pourront
aller, apparemment, de l’abstention, au vote même pour Nidaa ou pour un autre
candidat.
Dans quelles proportions? Ou est-ce que
la consigne réelle est de voter contre Nidaa? Dieu seul le sait.
Nous ne sommes pas au courant des
discussions au sein du «Majliss Echoura», mais il semble que le Cheikh, fin
stratège, a, encore une fois, pesé de tout son poids pour éviter une future
confrontation avec Nidaa ce qui rendrait leur cohabitation des plus
difficile, ce qui est contraire à l’intérêt du pays.
Il faut reconnaitre que ce Cheikh est un
grand manœuvrier en politique et il faut lui reconnaitre son aptitude à prendre
les bonnes décisions compte tenu de la situation politique, des rapports
de forces et de l’intérêt supérieur du pays.
Faut-il rappeler qu’il a tranché en ce
qui concerne l’insertion de l’épineuse question de la «Chariaa» dans la
Constitution?
Ce Cheikh a également considéré que la
femme ne peut être que l’égale de l’homme et non son «complément » et reconnu
le Code du statut personnel. Il est vrai que les femmes ont manifesté dans la
rue!
Il refuse, aujourd’hui, de balayer
d’un revers de main l’histoire nationale de la Tunisie et ne dénigre plus
Bourguiba. C’est à son actif.
Sous la pression de la rue (Ettahrir, le
Bardo) et sa lecture des événements d’Egypte, il a enfin opté pour le «dialogue
national» et la mise sur place d’un Gouvernement de technocrates, pour
apaiser les tensions et éviter les dérapages possibles et se préparer pour les
élections.
Sans ces décisions majeures, nous
n’aurions pas abouti à confectionner une Constitution acceptable pour tous et
la tenue d’élections libres et démocratiques qui vont bientôt s’achever.
Tout indique qu’Ennahdha est en train
d’évoluer vers un parti qui effraie de moins en moins les tunisiens.
Ce sont là des faits mais rien n’est moins sûr que les choses ne changeraient pas, surtout après la disparition du Cheikh et que nous ne souhaitons nullement.
Ce sont là des faits mais rien n’est moins sûr que les choses ne changeraient pas, surtout après la disparition du Cheikh et que nous ne souhaitons nullement.
Il n’est pas exclu que les «faucons »
reprennent du poil de la bête surtout que si de nouvelles élections leur
donnent, demain, une majorité confortable, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Le tunisien demande au Cheikh de
consolider ce changement en tenant son Congrès pour modifier sa charte dans le
sens de l’évolution amorcée.
En effet, son dernier Congrès ne s’est
pas prononcé sur certains points fondamentaux préférant les reporter à
plus tard.
Je crois que le moment est venu.
En excluant l’interférence du religieux
dans le politique, en rejetant clairement l’Islam importé et en optant pour un
Islam modéré à la tunisienne, Ennahdha donnera le meilleur gage de son
ouverture.
C’est à cette condition que,
personnellement, je changerai d’idée sur ce parti idéologique, car j’ai
toujours à l’esprit le contenu de cette fameuse vidéo du Cheikh à «ses enfants
salafistes» ainsi que celle du Cheikh Mourou avec Ghnim, le défenseur de
l’excision.
Mokhtar El Khlifi
Votre analyse est globalement très cohérente et facile à comprendre ; c'est ce genre d'articles qui permet à un Tunisien "normal" de comprendre la politique du pays loin du populisme de certains. Simplement, je pense que c'est un peu très simplifié voire superficiel d'affirmer que le congrès exceptionnel d'ennahdha, annoncé lors du 9ième congrès d'ennahdha, et déjà retardé une fois, aura comme principal objectif de " modifier sa charte dans le sens de l’évolution amorcée."
RépondreSupprimerLes synergies internes au sein d'Ennahdha sont beaucoup plus complexes. Le défis réel pour ce parti est de changer sa structure directive et de moderniser sa machine interne.
Merci pour cet article et acceptez mon passage.
Respects.