jeudi 16 avril 2015

Je suis inquiet pour ma Tunisie


Je suis inquiet sur le sort de mon pays. Je souhaite être le seul à l'être. Loin de moi l’idée d’incriminer les personnalités, qui à tous les niveaux, ont la charge de diriger mon pays. Je le vois. Elles se démènent, elles travaillent, elles contactent le peuple, elles parlent, elles décident…mais je ne vois pas cette lueur d’espoir qui me tranquillise sur le devenir de mon pays, lorsque je vois chaque problème abordé.
J’ai l’impression qu’il n’y a pas de capitaine à bord et donc pas de ligne et de cadres directeurs qui me permettent de savoir que nous sommes sur le bon chemin.
Je ne perçois pas la main de fer dans le gant de velours dont le pays a cruellement besoin.
J’ai l’impression qu’on ne sait pas où nous allons. J’ai l’impression que le diagnostic n’a pas encore été fait. J’ai l’impression que les mesures qu’on prend ici ou là ne répondent pas aux véritables besoins et qu’on ne distingue pas bien l’urgent du moins urgent car tout urge.
 Peut-être que le Plan de développement qu’on concocte nous permettra de voir plus clair et nous servira de fil d’Ariane pour sortir du tunnel sans grands dommages.
J’impute ce malaise, notamment, au choix du régime politique que la «troika» a imposé au pays sous le couvert d’une légitimité politique acquise par les urnes. Je crie haut et fort que notre pays n’est pas mûr pour un régime parlementaire et qu’il fallait reconduire le régime présidentiel moyennant l’instauration de garde-fous.

 C’est trop tard?

Je crois qu’avec un Président fort, bien des décisions auraient pu être prises sans trop de palabres. Le pays a besoin beaucoup plus d’actions que de délibérations à n’en plus finir. Plus on discute et plus la situation devient inextricable.

Les exemples abondent. Je ne citerai, par exemple, que celui des problèmes du bassin minier par lequel il fallait commencer vu son urgence.

 Avons-nous encore besoin de plus de plus d’un mois pour tenter d’esquisser des solutions? Les gouvernements précédents n’avaient-ils pas étudié la question? L’avaient-ils mal étudiée? Avaient-ils opté pour des solutions inappropriées?

Aujourd’hui, croit-on résoudre les problèmes de production et d’exportation en créant deux nouveaux postes de responsables sur place, qui viendront alourdir, outre mesure, les charges de la CPG sans que leur action puisse ouvrir de nouveaux horizons pour la CPG, le bassin minier et le pays? Je ne le pense pas.

Il fallait commencer par convoquer les éléments sur place qui ne font que jeter l’huile sur le feu pour des raisons, je crois, politiques et les mettre devant leur responsabilité.

 Il faut qu’ils soient amenés à demander, d’abord, aux ouvriers de reprendre leur travail.
Un gouvernement ne doit pas discuter sous la menace des mouvements de foule devenus légion dans ce pays.

L’Etat conviendra avec les salariés qui ont repris le travail que la CPG sera auditée sur le plan social, administratif, financier et technique sans que cette opération ne doive s’éterniser et que s’il  y aurait des responsabilités avérées, des sanctions immédiates seront immédiatement prises.

L’audit dégagera des propositions d’aménagement au niveau de la gestion à tous les niveaux (équipements à renouveler, limitation du personnel, encadrement, problèmes liés au transport du phosphate par chemin de fer…).
Au nombre des propositions devra figurer, en bonne place, l’ouverture du capital de la société aux salariés sous forme d’avances sur les recettes à produire.
Une fois la CPG, sans sureffectif, sera en mesure de produire, de vendre et d’exporter, une partie importante des bénéfices, devra servir à développer la région du bassin minier.

 L’Etat devra s’y engager.

Lorsqu’on a une entreprise qui est proche de la faillite et qui perd quotidiennement de l’argent faute de production, l’Etat n’a rien à perdre en faisant participer les salariés à la gestion de la CPG et en consacrant  une grande partie de ses revenus à la région qui a tant souffert.

 Ces revenus serviront à  l’amélioration de l’environnement sanitaire, la construction et l’équipement d’un hôpital, l’alimentation de la région en eau et le développement de l’agriculture là où on pourrait le faire.

Qui refuserait-il ce deal? A-t-on besoin d’un génie pour faire cela ? Le temps urge et cette bombe à retardement risque d’éclater, car il y a certainement des pêcheurs en eau trouble et d’amateurs de populisme politique qui peuvent presser sur le bouton.

Article publié dans Leaders.com le 15/04/2015
mokhtar el khlifi


samedi 21 mars 2015

Un mini plan Marshall pour vaincre le terrorisme

Notre pays vient de vivre un drame terrible. Nous avons perdu des personnes qui nous ont fait l’honneur de visiter notre pays des Colombiens, des Polonais, des Australiens, des Italiens et des Français qui auraient pu devenir nos meilleurs ambassadeurs de leurs pays respectifs.
Venus à pieds, ils rentreront chez eux dans des cercueils. A cet égard, Il n’y a rien de pire pour un Arabe que son hôte soit maltraité, ou, pire encore, assassiné sous ses yeux !
Nous avons perdu aussi un de nos valeureux combattants parmi les forces de sécurité à qui nous rendons, encore une fois, un vibrant hommage tout en invitant ceux qui nous gouvernent pour se décarcasser et donner, enfin le jour, aux textes de lois qu’ils attendent. Leurs familles ont été trop patientes, un peu trop.
Nous avons perdu bêtement une mère de famille frappée par une balle perdue alors qu’elle vaquait à ses occupations quotidiennes.
Nous leur rendons tous, ici, un vibrant hommage posthume.
Aux familles étrangères, nous leur adressons nos sincères condoléances et invitons leurs ambassades respectives à les leur présenter en notre nom.
Pourquoi ne pas ouvrir, à cette fin, un livre de condoléances dans leurs ambassades ?
Pourquoi ne pas ériger une statue commémorative,  au Bardo, là où ils ont été « descendus » par une rafale de kalachnikov, pour éterniser leurs souvenirs ?
Le terrorisme ne frappe plus au mont Sammama et au Chaanbi.
Il passe à la vitesse supérieure en tuant des civils alors que jusque-là il visait les forces de sécurité.
Nous n’avons pas peur. On ne meurt qu’une fois. On restera debout pour combattre le terrorisme et toutes les formes de violence.
Cette fois, la cible a été malheureusement bien étudiée révélant une intelligente  volonté de nuisance diabolique.
C’est la capitale qui est visée cette fois. C’est un musée recélant des trésors de notre riche histoire. C’est  un édifice limitrophe du siège de notre parlement qui a vécu la réussite du processus démocratique.
C’est un mercredi de vacances scolaires offrant à nos enfants une occasion de s’instruire en s'immergeant dans leur riche histoire carthaginoise, romaine et arabe et d’affluence de visites de touristes venus également contempler ce haut lieu de l’histoire de la Tunisie.
Je parie que s’ils avaient eu le temps ils auraient attaqué le siège du parlement  qui s’apprête à voter la nouvelle loi sur le terrorisme et détruit le musée comme ils l’ont fait en Irak, car ils étaient bien armés (explosifs, Kalachnikov et grenades)!
Aux Tunisiens responsables de tirer les leçons de ce drame pour qu’il ne se reproduise plus en s’unissant face au danger et en se remettant au travail.
Les querelles entre partis politiques peuvent être remises dans les tiroirs car le pays est en péril.
La croissance économique doit reprendre son élan grâce à la contribution de la force du travail équitablement rémunérée et du capital conscient que le paiement d’un impôt raisonnable est une obligation incontournable.
Sur l’UGTT repose l’obligation d’adapter immédiatement ses formes de revendication qui ne doivent plus freiner la production et la productivité, car les caisses de l’Etat sont vides et qu’on ne peut distribuer que ce que nous avons produit.
Sur l’UTICA repose l’obligation d’inviter ses adhérents à avoir des comptes transparents, à s'acquitter de leurs devoirs fiscaux,  à être moins réticents à investir et à faire participer les salariés à la gestion et aux fruits de la croissance en fonction de leur productivité.
Sur l’Etat repose l’obligation immédiate « d’exploiter » le drame que le pays vient de vivre pour que les pays frères et amis qui se disent prêts à nous aider, participent effectivement à la mise en place d’un mini plan Marshall, à volet économique et militaire, qui permettra de consolider le processus démocratique engagé en circonscrivant les poches de pauvreté et d’exclusion qui ont servi de terreau à l’éclosion du terrorisme sur notre sol.

C’est le moment ou jamais.

mardi 17 mars 2015

Le pays a besoin d’un Hédi Nouira bis


J’ai attendu avec impatience, comme presque tous les Tunisiens, le discours à la Nation de Monsieur le Chef de Gouvernement. J’ose dire, que je suis resté sur ma faim. 
Certes, c’est pour la première fois qu’un Chef de Gouvernement reconnaît publiquement, chiffres à l’appui, que la situation économique est difficile.
Mais, Je m’attendais à l’annonce des premières mesures immédiates à prendre, si douloureuses soit-elles, pour arrêter les dégâts et engager le pays vers la voie du redressement.
 La concrétisation des mesures à réaliser dans les 100 jours est, certes, nécessaire, mais à elles seules, elles ne peuvent insuffler la confiance et faire repartir l’investissement privé local resté dans l’expectative mis à part quelques efforts timides enregistrés ici ou là.
Est-on condamné à attendre l’élaboration d’un plan de développement prévoyant un taux de croissance ambitieux de 7% pour que l’horizon soit enfin éclairci  et que la machine redémarre?
Je pense que le pays ne peut plus attendre et qu’il y aurait lieu de revoir notre gouvernance à tous les niveaux.
L’un des points faibles de feu Bourguiba était de ne rien comprendre à l’économie. Sans son ignorance de la chose économique, il n’aurait pas cautionné la triste expérience des coopératives qui nous a fait perdre un temps fou, de l’argent et des vies.
Il a fallu recourir à feu Hédi Nouira pour redresser la barre. Ce fut un bon choix sur le plan économique.
Aujourd’hui, nous devons oser reconnaître que nous avons besoin d’un Hédi Nouira bis. Oui, il faut avoir le courage de ses opinions dans cette phase difficile que traverse notre pays
J’appelle donc NidaaTounes et le Président de la République d’introduire, le plus rapidement possible, des aménagements au niveau de la Direction des affaires de l’Etat car le poids des problèmes et des défis sont multiples et énormes et ne peuvent reposer sur les seules épaules de Monsieur Essid.
Il a besoin d’un collaborateur compétent et efficace au-dessus de ses ministres.
Ma proposition est simple et claire. Faire entrer au gouvernement un poids lourd de l’économie et des Finances en la personne de Monsieur M.K.Nabli. 
Monsieur Essid lui confiera les pleins pouvoirs en matière économique et financière et se réservera la coordination des activités du Gouvernement et la maîtrise surtout des affaires de sécurité sans laquelle il n’y aurait pas de développement économique.
Avec la sécurité et l’économie entre deux bonnes mains, la Tunisie sera mieux armée et verra le bout du tunnel.
Le temps presse. La pression sociale est grande. L’Egypte avance à pas sûrs et notre pays piétine.
Faisons ce remaniement.
Mokhtar el khlifi
17 /03 /2015
 


mardi 3 mars 2015

Lettre ouverte ouverte à la nouvelle «Troika»


Entendez par « Troika », l’ARP, le Président  de la République et le chef du Gouvernement.
De grâce, messieurs et mesdames, ne croyez pas aux dernières statistiques de fin février 2015, qui vous laissent croire que 52% du peuple  est content de ce que vous êtes en train de faire et que tout est dans le meilleur des mondes.
J’ai la prétention de dire que ce n’est pas vrai. D’ailleurs, depuis qu’on a introduit les analyses d’opinion dans le pays personne ne m’a demandé un jour mon opinion et ce depuis quatre ans. Je ne suis pas le seul. L’échantillon de mille personnes ne nous représente donc pas et je crie haut et fort qu’on est sur une pente dangereuse au vu de ce que déclare notre élite.

Face aux revendications salariales, je suis frappé par le silence assourdissant de la « TROIKA ».Je n’entends que la voix des syndicalistes qui tiennent le haut du pavé et prennent en otage nos enfants.
J’ai entendu un commentateur politique, célèbre par ses interventions « en trois points », affirmer que les élèves n’ont pas à critiquer durement leurs enseignants, sinon on leur fera perdre leur aura.
Il a, cependant, omis de dire que par leurs revendications salariales, dans les circonstances que traverse le pays  et la prise des élèves en otage, ces professeurs se sont déjà déconsidérés aux yeux de ces élèves, de leurs parents et de l’opinion publique.
Lisez « facebook »
Personne ne conteste le droit sacro-saint de revendiquer et  d’user, si besoin est et dans les formes légales, du droit de grève, pour tout corps de métiers.
 Mais chaque citoyen responsable a aussi le droit de crier haut et fort que ces revendications ne doivent en aucun cas se traduire par des arrêts de travail surtout dans les secteurs vitaux, tels que l’éducation, la santé, le transport, les  phosphates…
Les responsables syndicaux feignent d’ignorer la situation réelle du pays au point de vue sécuritaire et économique et tiennent, dans ce bras de fer, à mettre le Gouvernement à genoux.
Ils feignent d’ignorer que ce qui leur serait donné d’une main, par la force, leur sera repris de l’autre main.
Pire encore, si le Gouvernement s’amuserait à donner satisfaction à ceux qui ont la chance de s’unir dans un syndicat et peuvent crier plus fort, que le sort de la Grèce nous attend et nous croulerons tous.
J’appelle la « Troika » à se réunir d’urgence et à nous dire, en toute franchise, si le pays peut répondre aux revendications salariales après s’être concertée avec nos élites de la société civile, prêtes à collaborer à l’établissement d’un diagnostic précis de la situation du pays.
Si les finances publiques permettent de faire face au flot ininterrompu des revendications salariales, sans recourir à des crédits extérieurs venant accroître notre endettement et destinés, en principe, à l’investissement, que l’Etat y réponde illico presto.
Dans le cas contraire, il n’y a qu’une seule réponse courageuse à faire par ce Gouvernement.
Il doit faire une intervention à la TV pour rappeler,  au peuple qui détient la souveraineté, la situation dans laquelle son pays se trouve et les nombreux  défis à relever par ordre de priorité et lui demander, en conséquence, son soutien sans faille pour mener le processus de redressement à son terme.
Il doit lui énumérer les sacrifices qu’il est appelé à consentir. Je souhaite que les syndicalistes comprendront alors que l’heure n’est pas à l’augmentation des salaires mais à leur diminution.
A cet égard, une manifestation monstre de soutien au Gouvernement doit descendre dans toutes les principales villes du pays pour siffler la fin de la récréation. 
Les syndicalistes auraient-ils l’audace de s’y opposer ? Si oui, le peuple comprendra alors que leurs desseins sont autres.
Pour faire cette déclaration publique, il faut avoir la volonté et le courage politique de le faire. Ayons cette volonté et ce courage.
Oui, la plaisanterie a assez duré. Ne soyons pas la risée du bon sens.
Remettons-nous au travail et serrons nos ceintures.
Article publié dans Leaders.com le 03/03/2015


mercredi 25 février 2015

Quand notre pays se remettra-t-il au travail ?

24/02/2015
Nous venons d’apprendre qu’un accord entre le Gouvernement et l’UGTT a été signé le 23 février pour négocier les augmentations salariales,  dans le secteur public et relatives à l’année 2014, en dépit de la situation des finances publiques.  A quoi cela va aboutir ?
Malgré  cet accord, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, le syndicat de l’enseignement secondaire maintient la pression et persiste à tenir en otage nos enfants, comme s’il ne croit pas à ce dialogue.
Il est notoire que les grèves,  avec arrêt du travail, se multiplient dans divers secteurs et que des syndicalistes croient bon, de nous rappeler, que la grève est un droit constitutionnel qui doit être amélioré. Entendez par là, que le préavis de grève devrait être éliminé, voire le recours aux réquisitions et aux lock-out!

Mais, qui a contesté le recours à la grève ? Personne. Tout au plus, certaines voix ont critiqué le nombre de jours de grève auxquels les syndicats recourent alors que quelques  heures auraient suffi pour tirer la sonnette d’alarme, si tel est le but.
D’autres ont, à juste titre, demandé que, dans la situation que traverse un pays exsangue, le travail ne doit pas être arrêté et qu’il suffit, comme les japonais et les coréens, de mettre un brassard au bras, pour obtenir le même effet, c’est-à-dire engager des discussions et parvenir à un accord.
Nous  nous  acheminons lentement et surement vers le triomphe de la loi du plus fort. Ce bras de fer nous reporte aux années anciennes où on concevait, à tort, que la force du travail ne peut être que l’ennemi du capital, public ou privé.
Certains se sont même enorgueillis d’avoir exercé la pression nécessaire pour que la « valeur travail » ne figure pas dans la constitution. Ils ont eu, malheureusement, gain de cause.
Comme on le constate,  certains  syndicalistes influents semblent abandonner les principes du militant feu F.Hached qui a travaillé, à un moment de notre histoire, en symbiose avec Bourguiba. Cette collaboration s’est poursuivie pour l’édification du nouvel Etat, mais aujourd’hui on y renonce.

Le syndicalisme tel que pratiqué aujourd’hui et basé uniquement sur les revendications matérielles  n’est pas celui de Hached. Nous nous devons de le dépasser avant qu’il ne soit trop tard.

Tous les experts, s’accordent à dire que le pays traverse une période difficile et que ni les finances de l’Etat ni celle des entreprises ne peuvent supporter des augmentations salariales mal étudiées.

Persister dans les arrêts de travail ne  fait qu’aggraver cette situation et bien évidemment ne concourt nullement à favoriser  l’investissement local et étranger seul garant de la création d’emplois.
C’est  bien connu de tous et c’est devenu une rengaine.
Est-ce que les syndicalistes pensent qu’ils sont dans leurs droits et que leur vis-à-vis peut les satisfaire, dans les conditions actuelles, mais s’y refusent? Est-ce la mentalité « après moi le déluge » ? Est-cela mentalité du « pourquoi pas moi » ?
Où bien, ce qui serait plus grave, est-ce que certains syndicalistes, particulièrement de gauche, ne croient pas dans l’équipe au Gouvernement et dans son aptitude à tirer le pays de l’impasse ce qui les pousserait à hâter sa chute pour caser leurs pions?
Ce qui nous autorise à le dire, c’est la contestation, sur les ondes, par certains syndicalistes, du modèle de développement annoncé par cette équipe et financé par des organismes étrangers (FMI, BIRD en particulier).
L’impression qui se dégage est que personne ne veut attendre que les choses s’éclaircissent. Personne, du moins actuellement, n’arrive pas à convaincre son vis-à-vis et qu’on est en présence d’un dialogue de sourds.
Certes, l’UGTT est une force de revendication qu’on ne peut ignorer et qu’il est vain de penser à encourager l’éclosion , non pas de « syndicats de maison », mais de forces ayant l’aptitude de lire  la situation réelle du pays sur le plan économique, social et politique et les multiples dangers extérieurs et internes qui nous guettent tous et sur lesquels on ferme les yeux.
La responsabilité de la bonne lecture des événements incombe à l’UGTT, elle-même, et nous avons bon espoir que le tir sera  bientôt rectifié.
Nous avons  tous mesuré l’effet du dialogue sur la réussite du processus démocratique de loin préférable à la confrontation et aux mouvements des foules.

Un véritable dialogue social doit voir le jour, le plus tôt possible, entre le Gouvernement, les organisations nationales, à savoir l’UTICA et l’UGTT, les partis politiques et la société civile. 

Que les experts des uns et des autres se mettent d’abord, enfin, sur la situation réelle du pays et ajustent leurs chiffres, une fois pour toutes. Ce n’est pas impossible.
Que les objectifs et les moyens du Gouvernement soient définis et exposés clairement. Qu’on y travaille tous de concert.

Que nos entreprises apprennent le langage de la vérité de leurs comptes et de l’obligation de ne plus frauder le fisc qui devra entamer sa réforme au plus vite, pour alléger la pression fiscale et introduire plus de justice.
Si tous les partenaires sont animés par la volonté de sauver la barque      «Tunisie », de produire plus et mieux et de répartir équitablement les fruits de la croissance, nous pourrions alors satisfaire les revendications légitimes des uns et des autres.
Sommes-nous réellement conscients que nous ne travaillons presque plus, ce qui ne nous empêche pas de réclamer, curieusement, des ajustements de nos salaires, au vu de la cherté de la vie ?

Sans ce dialogue franc et sincère, le cercle infernal des revendications va s’étendre nécessairement à d’autres corps de métiers indépendamment du niveau   que chaque corps occupe dans l’échelle des rémunérations.

Après la grève des ingénieurs, il aura celles des agents et des cadres de banque, des médecins généralistes, celle des juges et  celles des enseignants du supérieur qui occupent le haut du pavé sans parler des salaires, hors norme, des dirigeants des banques.
Oui, l’injustice  criante peut expliquer, dans une très large mesure, qu’un citoyen à bout, décide de suivre son syndicat pour bloquer, par ses grèves à répétition, l’activité économique. Mais lorsqu'il sentira qu’il y aura un capitaine à bord, soutenu par l’ensemble des organisations nationales, pour lui faire traverser le gué, il pourra accepter alors encore des sacrifices mais équitablement répartis.

Il ne tient qu’à nous tous de sauver ce petit pays plutôt que de tirer à hue et à dia.

Le citoyen a trop souffert et refuse que le marasme dans lequel il vit,  se prolonge encore. Il commence à avoir marre  de ce qui se passe dans  ce lambeau de terre car il ne perçoit pas encore une lueur d’espoir. Il demande aux politiques de s’organiser, de parler moins et d’agir plus vite et bien. Il demande à ses médias de se concentrer sur l’essentiel en œuvrant, certes, à informer librement,  mais aussi à stimuler les énergies. Il demande à ses institutions de se réformer et de fonctionner en toute transparence.
Quand notre pays se remettra-t-il enfin au travail qui ne manque pas ?
Au train où vont les choses nous risquons de perdre le capital confiance que nous accorde plus d’un pays prêts à soutenir nos efforts et il sera trop tard.


mardi 10 février 2015

Lettre ouverte à madame la ministre de la Culture

Article  publié dans Leaders.com le 09 Février 2015         

D’abord, on ne peut qu’être satisfait d’avoir un ministre ayant le profil de madame Lakhdar que plus d’un d’entre nous a eu le plaisir d’entendre sur  « Nessma », plus d’une fois, dans l’émission «MAGHRIBOUNA FEL TAHRIR WAL TANWIR ».

On ne peut que lui souhaiter plein succès dans sa délicate mission.

Madame la ministre sait que le terrorisme a de multiples fondements ; économiques, éducationnels et culturels, que sais-je encore et qui frappe même des personnes « instruites ».
 Laissons à l’armée et aux services de sécurité le soin de circonscrire, sur le terrain, l’action des terroristes et aux autres services de l’Etat de combler les lacunes au niveau de l’économique, du social et  de l’éducationnel.

Au niveau du culturel, je pense que le ministère de la culture a un rôle à jouer. 

Madame, j’ai pensé au lancement d’une chaîne de télévision culturelle qui pourrait recevoir le soutien matériel, outre celui de l’Etat tunisien, celui des pays concernés par le combat en profondeur du terrorisme devenu un phénomène mondial.(Mais, soyons clairs, je ne suis pas concerné par cette entreprise ).

J’ai pensé à l’Algérie, au Maroc, à notre pays bien évidemment,  à l’Egypte, à la Libye et  à certains pays du Nord de la Méditerranée ; la France, l’Espagne et l’Italie devenus conscients, aujourd’hui plus qu’hier, que le terrorisme peut aussi les frapper de plein fouet…

Si le soutien financier et technique ne pourrait pas constituer un véritable problème pourvu que la volonté politique existe, reste à définir le programme d’activité et la constitution de l’équipe chargée de diriger cette chaîne satellitaire dont la mission est autant nécessaire que délicate.

Mon idée est de faire de cette chaîne le porte-parole d’un islam modéré et ouvert sur le monde mais sans idée de prosélytisme religieux.

Cette chaîne est destinée à contrebalancer, en toute objectivité, et loin de toute démagogie, la propagande terroriste satellitaire qui frappe la jeunesse  musulmane  et qui ne trouve actuellement que quelques contradicteurs qu’il faudrait savoir dénicher dans les mosquées, sur les ondes ou dans quelques livres, ce qui est très peu.

Elle aurait pour but  aussi de faire revivre, le plus objectivement possible, la civilisation arabo islamique dans ses aspects les plus adaptés au xxi siècle et dont nos jeunes pourraient être fiers et s’en enorgueillir.

Le nœud du problème à résoudre est de pouvoir trier sur le volet l’équipe dirigeante et la définition de son programme d’actions.

Ce programme pourrait revêtir des analyses historiques, une lecture exacte de certains versets coraniques, sortis le plus souvent de leur contexte, des débats contradictoires avec d’éminents spécialistes du monde entier connus pour le sérieux de leurs parcours et particulièrement ceux dont le Maghreb regorge,  ainsi que des reportages sur notre histoire que plus d’un d’entre nous a perçue à travers des données travesties à dessein ou communiquées  vaguement par leurs aïeux.

C’est ce travail en profondeur et de longue haleine, à entreprendre après tout ce temps perdu, qui serait en mesure de défricher certains esprits et de limiter l’effet néfaste de la propagande wahabite qui fait des ravages dans le monde.

Puisse ma suggestion ne pas tomber, encore une fois, dans l’oreille d’un sourd.

Mokhtar el khlifi
08 /02/2015


vendredi 6 février 2015

Ennahdha, un pas de plus s’impose


Le rideau est tombé. Un nouveau Gouvernement vient de voir le jour ce jeudi 05 février 2015.La Tunisie a maintenant un Parlement et un Président de la République élus pour cinq ans ainsi qu' un Gouvernement d’Unité de partis. Sans doute,une bonne nouvelle pour le pays et pour l’étranger.
Chaque Ministre a été tenu de préparer un programme d’actions urgentes en cinq points, d’ici 10 jours. Secundo, et cela nous réconforte, il y aura enfin, un Plan de développement quinquennal, élaboré de concert avec les partis politiques, les organisations nationales et la société civile, de nature à préciser le cadre, les objectifs et les moyens de ce Gouvernement.
Suivons-le pas à pas, ne lui mettons pas les bâtons dans les roues en revenant aux sempiternelles manifestations avec des arrêts de la production et des services.
Cependant pour boucler la boucle, j’aurais souhaité qu'un Conseil économique et social,  new-look, soit ressuscité pour aider, par ses avis, et l’ARP et le Gouvernement dans leurs missions respectives. 
Souhaitons, tous, à ce Gouvernement plein succès.
On rappelera d’abord que ce Gouvernement vient d’obtenir un vote de confiance de l’ARP de 167 voix. Trente députés ont voté  contre et 8 se sont abstenus. Sur un total 217 députés, 12 se sont absentés. L’un des députés de Nidaa a voté contre et 4 se sont abstenus. Pour Ennahdha, 58 ont voté pour, 3 se sont abstenus et 8  figurent parmi les absents ( source Bawsla/marsad.tn).
Ma seconde remarque et la plus importante repose sur deux interventions remarquables, faites à l’ARP, par deux députés d’Ennahdha, celle de Monsieur Ahmed Mechergui et celle de Monsieur Abdellatif Mekki.
Monsieur Mechergui a commencé son intervention par un geste qui m’a ému personnellement en rappelant l’état de santé de Madame Maya Jeribi, l'énergique  secrétaire générale du Parti El Joumhouri. Cela n’a rien de politique me diriez-vous. Absolument pas, car, à mon sens, il aurait pu lui rendre simplement visite, mais il a tenu à exprimer publiquement sa sympathie à cette militante et,  à travers lui, celle des membres d’Ennahdha. C’est un geste nouveau de réconciliation des cœurs.
La seconde intervention est celle de Monsieur Mekki qui a demandé à l’assistance d’observer une minute de silence envers l’aviateur jordanien brûlé vif par Daech. C’est là un signe majeur de l’évolution d’Ennahdha à travers l’un de ses « faucons ».C’est réconfortant de condamner publiquement l’extrémisme de Daech qui existe tout prêt de nous en Libye prêt à semer la pagaille en Tunisie et dont "l’esprit", faut-il le souligner, existe à l’intérieur de nos frontières.(d’après le  MI)

Cela m’amène  à évoquer la volte-face de BCE et du parti qu’il a créé, récemment, de toutes pièces, pour contrebalancer le poids grandissant d’Ennahdha qui s’est employée, comme chacun le sait, à mettre la main sur les rouages de l’administration, à « réislamiser » le pays en introduisant la philosophie wahabite et celle des frères musulmans dans nos mosquées et dans des écoles coraniques qui ont poussé comme des champignons, sans occulter les encouragements tacites accordés aux extrémistes et le soutien direct à leur chef Abou yadh revenu victorieux à la mosquée El Fath, une fois l’ambassade US  investie.
J’ai personnellement cru que BCE, malgré son âge, était la seule planche de salut et c’est pourquoi plus d’un d’entre nous, sans adhérer à ce parti, lui ont fait confiance et ont voté pour son parti et pour lui.
En incluant Ennahdha dans le Gouvernement,même apparemment, à doses homéopathiques, dans sa seconde version, BCE, a-t-il, un seul instant, pensé qu’en revenant sur son engagement de ne s’associer qu’avec ceux qui partagent la défense de notre modèle de société, , il courait un risque certain de perdre une très grande partie de son électorat, composé surtout de femmes ?
A-t-il pris la peine d’en informer les adhérents  à Nidaa et à ses électeurs externes et de leur expliquer le pourquoi des choses ? Ils se sont sentis bernés.Certains députés de Nidaa  se sont abstenus ou ont voté contre. On les menace de sanctions au nom de la nécessité de respecter la discipline de parti ! Est-ce logique ?Est-ce acceptable?
En réponse à notre déception, on nous avance, l’argument selon lequel le peuple n’a pas accordé une majorité confortable à Nidaa ce qui voudrait dire que le peuple exige que le couple Nidaa-Ennahdha nous gouverne.
Je n’y crois pas car les chiffres montrent que Nidda pourrait gouverner avec une majorité,  quand bien même étriquée, et faire passer ses textes à l’ARP malgré une forte opposition.Respectons la  loi de la démocratie.
Dans son interview à un journal algérien, BCE affirme qu’il a été acculé à  faire ce choix par la faute de la gauche.
Je pense personnellement que l’entrevue de Paris, entre BCE et Ghannouchi, a scellé le destin de la Tunisie.
Les deux personnalités  sont   parvenues à s’entendre  sur la nécessité de recourir au dialogue et à la conjonction de leurs efforts pour sortir le pays de l’impasse.
Implicitement, ou par accord, des concessions devaient se faire de part et d’autre. Ce qui fut fait. La barre des 65 ans a été éliminée du projet de Constitution et le projet de loi sur l’exclusion a été abandonné.
Ennahdha, en la personne de son chef, n’a cessé de donner des signes de sa prédisposition à honorer son engagement moral. Abandon de la mouture du 1er juin de la Constitution, démission du Gouvernement Larayedh et nomination du Gouvernement de technocrates de Jomaa. Récemment, après les élections, on a assisté, par consensus, à la  répartition des responsabilités à la tête de l’ARP et à la rentrée d’Ennadha au Gouvernement.
C’est un gain politique majeur pour Ennahdha d’avoir un pied au Gouvernement pour savoir ce qui se passe en son sein et pour introduire, selon les mauvaises langues, au sein de Nidaa les germes de l’implosion pour s’accaparer  ensuite le Pouvoir, peut-être même, lors des municipales et en cas d’élections anticipées, dans un ou deux ans, ce qui n’est pas à exclure.
Je suis pour la réconciliation des tunisiens entre eux après avoir été séparés après la prise du Pouvoir par Ennahdha.
Cependant, pour que ce but soit atteint, je me tourne vers Ennahdha, pour lui dire, en toute naïveté peut-être, que les pas déjà faits et les appels du pieds que nous avons pu relever au sein de  l’ARP sont pour nous insuffisantes pour sceller cette réconciliation avec le peuple tunisien.
Oui, personnellement, je suis pour une entente avec Ennahdha, mais il faut des garanties.
Outre le comportement sur le terrain, il faut qu’Ennahdha tienne son Congrès pour modifier sa charte qui reconnaîtra le caractère civil de l’Etat, la séparation du religieux du politique et reniera  ses attaches aux frères musulmans et au wahabisme.
C’est à ce prix que la réconciliation nationale pourrait se faire, mais pas avant.
Ennahdha a évolué, mais il y a un pas de plus à faire pour que la sérénité se rétablisse !
Mokhtar el khlifi

06 /02/2015