Le discours d’investiture du chef de
Gouvernement, à l’ARP, a laissé bon nombre de citoyens sur leur faim. Ils se
sont dit, qu’un package de mesures concrètes suivra. Mais l’attente a été
longue alors que le rendez-vous de fin novembre des investisseurs arrive à
grand pas. Gardons, cependant, bon espoir.
Peut-on
oser dire ce que nous attendons ? Oui, cette « révolution » a
diminué notre niveau de vie mais nous a gratifié de la liberté d’expression.
Il y
a d’abord des préalables à satisfaire
1) Ce
n’est pas parce que le chef du Gouvernement s’est entouré, surtout de jeunes
collaborateurs, bardés de titres, que la croissance économique repartira. Il ne
faudrait pas faire l’erreur de mettre sur le bord de la route les gosses
pointures de notre économie qui ont exercé surtout des fonctions
ministérielles. On pourrait les inviter à faire partie du « Pool
économique » à créer ou du « Conseil économique et social » dont l’intérêt, tant pour l’ARP que pour le
Gouvernement, est évident.
A cet égard, pourquoi ne pas mettre à
contribution, par exemple, monsieur Mohamed Ghannouchi pour ne citer que cette
illustre personnalité qui a pu
assurer à notre économie une croissance
de 5% en moyenne en dépit des dérives
dont il n’assume pas, à mon humble avis, la responsabilité ? Il faudrait
les pousser à mettre la main à la pâte, au moins pour nous aider à faire
repartir la machine économique qui patine.
2) Eviter,
à tout prix, de lancer un mauvais signal aux investisseurs en se bornant à
reproduire une loi des Finances préparée par le Gouvernement précèdent et qui
n’a d’autres préoccupations que de trouver des ressources.
3) L’Etat
devrait se doter des moyens juridiques permettant de dépasser les contraintes
administratives source de lenteurs et de débats interminables, quitte à ce que
les contrôles a posteriori de l’ARP sanctionnent toute dérive. Cependant, cette
délégation législative est à limiter dans le temps.
4) Le
Chef de Gouvernement n’a d’autres choix que d’agir, dans le cadre de ses larges
attributions constitutionnelles, contre les individus qui dévergondent
l’économie, en ayant le courage de se soustraire aux pressions diverses qui pourraient s’exercer sur lui.
C’est cette action courageuse que le peuple attend impatiemment. Le chef du
Gouvernement devrait se placer au-dessus des partis en faisant peu de cas de
son avenir politique. Il devra apprendre
à s’adresser directement et franchement au peuple en lui demandant son soutien,
soutien qu’il lui accordera et qui légitimera son action.
5) Engager,
sans tarder, la réforme de la justice. Le Conseil supérieur de la justice,
nouvellement élu, sera là pour épauler l’action du Ministre de la justice. Cette
réforme pourrait se traduire, notamment, par l’informatisation et le
renforcement des moyens humains. A cet égard, certains juges à la retraite, mus
par un esprit nationaliste, pourraient faire bénéficier, bénévolement, la
justice de leurs compétences, pendant une certaine période, pour traiter les
dossiers en suspens. Une justice sereine, indépendante et rapide renforcera la
crédibilité de l’Etat et sécurisera tout justiciable.
Quelques mesures attendues
a) La
loi de Finances pour 2017 devrait représenter la première année du plan de
développement en cours d’élaboration. Elle se devrait de contribuer à rétablir
la confiance des investisseurs et du
citoyen en général. Certes, il faudrait identifier des ressources. Mais, plutôt
que de chercher à augmenter la pression fiscale il faudrait s’engager plutôt sur la voie de sa compression. En effet,
c’est sur l’entreprise que pèse la responsabilité de la création des emplois
devant l’absence de moyens suffisants de l’Etat. Rappelons, que lorsque l’Etat
a diminué, à un certain moment, les droits d’enregistrement, le citoyen a
accouru aux guichets des Finances, pour enregistrer ses biens. Il faudrait
gagner le pari d’une diminution de l’impôt
qui encouragerait le citoyen à s’acquitter de ses obligations fiscales.
C’est là aussi un signal positif adressé
aux investisseurs, surtout étrangers.
b) Veiller
à ce que la fiscalité soit une obligation pour tous, soit juste sans être un
frein à la croissance.
c) Le
déficit en ressources pourrait être comblé, par un élargissement des assiettes
fiscales (limitation du régime forfaitaire… ) et la mise à contribution
des professions qui ne paient pas actuellement suffisamment d’impôt. Il n’y a
d’autres voies que le dialogue technique serré avec les professions qui ont
chacune leurs spécificités.
d) L’Etat
devrait comprimer, cette année, ses dépenses, à l’exception des dépenses
destinées à renforcer les équipements de sécurité. Une reconduction des
enveloppes budgétaires antérieures et la généralisation de la gestion informatique s’avèrent nécessaires.
e) L’Etat
devrait s’atteler à recouvrer, au plus vite, les créances qu’il détient sur les
entreprises et les particuliers.
f) L’excèdent
constaté au niveau de la fonction publique devrait être redéployé, au plus
vite, dans les administrations qui souffrent d’un manque, dans le renforcement
des équipes de contrôle fiscal et dans le déblocage de certains investissements
au niveau régional.
g) Qu’attend
l’Etat pour céder les biens confisqués sans pour autant les
brader ? Un audit effectué par une équipe d’experts indépendants pourrait
évaluer ces biens à leur juste valeur et l’Etat les vendrait, au moins à ce
prix, sur appel d’offres transparents.
h) Qu’attend
l’Etat pourrait-il céder, dans la
transparence, certaines de ses participations dans les secteurs non
stratégiques à définir rapidement.
i) Le
commerce parallèle accapare plus de 40% du PIB, fait qui ne peut plus durer. Qu’attend-t-on
pour démanteler ces réseaux apparemment puissants à partir des résultats
obtenus en aval (action dans la rue des salines, étalages de marchandises
douteuses dans la rue,)? Certaines langues affirment que ces réseaux pourraient
financer certains partis politiques et avoir des ramifications dans les
structures de l’Etat. C’est la volonté politique du Chef de Gouvernement et le
soutien de la société civile qui permettra de gagner la bataille. Que de
nouvelles recettes budgétaires seraient attendues de cette action courageuse !
Certains disent qu’ils connaissent nommément ces barons de la contrebande et de
la corruption. Un député s’est dit prêt
à livrer certains noms au chef du Gouvernement lors de la séance de son
investiture. Alors ? Où le blocage réside-t-il ?
j) Les
dépenses de la caisse de compensation deviennent de plus en plus insoutenables.
Il va falloir libérer certains prix. En ce qui concerne, le pain, l’huile, le sucre
et certaines autres denrées alimentaires, il est possible de verser, à travers
l’entreprise ou l’Etat, qui emploie les catégories à faible revenus, mensuellement et
régulièrement, une somme qui couvre leurs dépenses , à ce titre. Pour ceux
qui sont sans emplois cet ajustement pourrait s’opérer au niveau des
délégations au vu d’une liste ne prêtant à aucune confusion.
k) L’augmentation
des cotisations sociales, l’adjonction, au régime de répartition, d’une dose de
capitalisation est nécessaire pour le rééquilibrage des caisses sociales. Le
recouvrement des créances au titre des cotisations, le relèvement de l’âge de la retraite et le réexamen du mode de calcul des pensions
nouvelles, urgent.
l) La
production de phosphates devra se maintenir et
s’accélérer étant entendu que le Gouvernement devra honorer les engagements pris pour
développer la région minière. Pour résoudre à terme le problème du transport
coûteux du phosphate, pourquoi ne pas s’inspirer de l’expérience marocaine du
transport par aspiration à travers un
tunnel ?
m) La
transformation d’une partie plus importante de notre dette en investissements
et l’étalement du reliquat pourraient être envisagées.
n) Dresser
un plan d’actions pour soutenir la campagne céréalière à engager suite aux
pluies (augmentation des surfaces emblavées, alimentation en engrais, crédits
agricoles).
o) Venir
en aide aux PME en difficultés qui emploient déjà un réservoir d’emplois qu’on
risque de perdre.
p) Désorganiser
le trafic de devises en multipliant les contrôles et s’il le faut en autorisant
l’ouverture de nouveaux bureaux de change dans les zones frontalières.
q) Sur
le plan extérieur nos exportations devront trouver de nouveaux débouchés avec
un nécessaire accompagnement diplomatique et bancaire et la facilitation des
moyens de transport maritimes et aériens pour atteindre notamment l’Afrique
subsaharienne.
r) Œuvrer
pour rétablir plus rapidement la Paix en Libye, l’un de nos principaux
partenaires.
En
conclusion, ce train de mesures qui serait engagé, au plus vite, mettra le pays
sur la voie de la reprise de la croissance.
C’est
cette reprise de la croissance, tant attendue, qui diminuera les tensions
sociales et poussera ce Gouvernement à aller plus loin dans le développement
des infrastructures, les encouragements à la génération des richesses et leur
redistribution équitable.
La
stabilité politique et sociale et la
consolidation du processus démocratique sont à ce prix.
Nous
n’attendons rien de ce Gouvernement que nous soutenons sinon qu’il administre
la preuve qu’il est en mesure de mettre le pays sur la voie de la croissance.
Mokhtar
el khlifi
23/10/2016
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire